association de l'art a l'œuvre - blog

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03 septembre 2008

Hans Hartung "le geste et la méthode"

"Lorsque j'avais entre huit et douze ans, j'étais passionné d'astronomie. Je cherchais à dessiner des éclairs".
Hans Hartung
Cette exposition s’articule ainsi sur l’histoire même de l’artiste, puisque Hans Hartung collectionneur et conservateur de son propre travail a laissé à sa mort, au sein de ce qui allait devenir une fondation, les chefs-d’œuvre qu’il a souhaité réunir et conserver. Cet immense corpus, généreux, impressionnant, est montré dans sa nouvelle actualité comme l’aboutissement d’un désir de maîtrise qui vise un concept globalisant, l’œuvre entre geste et méthode.
Avec la présentation des « Hartung de Hartung », la Fondation Maeght renoue avec les grandes expositions monographiques et magnifie le travail patient de la Fondation Hans Hartung et Anna-Eva Bergman qui s’attache à développer des programmes de recherche autour de cette oeuvre majeure. A cette occasion, la Fondation Maeght offre un rendez-vous exceptionnel au public avec Hans Hartung pour mieux appréhender son travail pictural. Cette exposition se veut un véritable plaisir de peinture : une présentation expressive et érudite, exaltée par la rencontre d’une œuvre forte et d’un lieu rare pour créer un moment d’exception. Il décline tantôt sur papier baryté, tous les médiums : peinture, encre, avec des outils tels que : plumes, pinceaux, spalters, rouleaux, griffes.
Ce papier, composé d'une surface très lisse de poudre de marbre blanc, offre à l'artiste un terrain favorable, pour recueillir le dynamisme d'une expression, comme la construction méthodique d'un signe. Compris comme un répertoire graphique de l'oeuvre de Hans Hartung, cet ensemble résume le désir insistant de l'artiste d'inscription et de réinscription de signes privilégiés.
Un film montre l'artiste dans ses divers travaux. Entre les carnets intimes, un ensemble cohérent nous montre un panorama de son oeuvre. Une série de céramiques fabriquées à la fondation même profitant de la présence d'un four, il a abordé cette technique de manière spontanée, avec des inscriptions audacieuses, ludiques et inventives en essayant d'adapter sa technique à la céramique.
Véritable musée dans la nature, la Fondation Maeght est un lieu exceptionnel qui possède une des plus importantes collections en Europe de peintures, sculptures, dessins et oeuvres graphiques du XXème siècle : Bonnard, Braque, Calder, Chagall, Giacometti, Léger, Miró… Elle s'apparente avec la Fondation Gianadda à Martigny
et l'actuelle exposition du musée Frieder Burda de Baden Baden.
c'est en voyant 2 de ses toiles au Musée Wurth que j'ai eu envie d'en savoir plus sur cet artiste au graphisme élégant.
Une fontaine Pol Burry a fait son apparition à la Fondation
Jusqu'au 16 novembre.
photos de l'auteur autorisées contre une légère contribution financière

31 août 2008

Accademia Carrara bellissima

Véritable instant de grâce à la Fondation de l'Hermitage à Lausanne. Cette exposition de toiles italiennes, provenant de la somptueuse collection de l'Accademia Carrara de Bergame, à dimension humaine, met à portée du spectateur, dans une proche intimité, des oeuvres qui rivalisent de beauté et de finesse. A l'honneur, la Renaissance cristallise les problématiques d’une peinture qui s’affranchit des codes de représentation, principalement religieuse. Issus de trois collections et entremêlées dans un parcours chronologique, les tableaux des écoles de Venise, de Bergame et de Florence sont exposés dans leurs correspondances et leurs spécificités. Un cours d’histoire de l’art tout autant que le résultat de collections, qui parvient à restituer cette chaleur propre à un accrochage réalisé davantage par goût que par nécessité académique : les oeuvres sont arrachées à un passé figé et resituées dans une temporalité vibrante. Des chefs-d’oeuvre de Raphaël ou Lotto se mêlent à des toiles moins connues et surprenantes, comme " L'Histoire de Virginie ", de Botticelli, ou la " Nativité " de Pérugin. Si dans l’école bergamasque domine un surprenant réalisme, qui s’épanouit dans les portraits, c’est l’audace des scènes religieuses ainsi que les couleurs vives qui émerveillent dans les toiles vénitiennes ; ainsi cette
" Vierge à l’Enfant " de Titien,
n’est autre qu’une mère avec son enfant, devant un paysage à la trivialité affirmée. Le joyau de l’exposition, mis à l’honneur en début de parcours, est le
" Portrait de Lionello d’Este ", de Pisanello,
qui marque le passage du gothique à la Renaissance, et instaure cet apparent paradoxe d’une peinture qui, gagnant en réalisme, devient de plus en plus indépendante. La Vierge allaitant de Bergognone ou encore le
le Mariage mystique de sainte Catherine de Lotto
(1523), qu'un soldat napoléonien a amputé de son paysage, ou la série de portraits saisissants de vérité de
Moroni,
peintre que recommandait le Titien aux solliciteurs lorsqu'il ne pouvait satisfaire leurs commandes. Au dernier étage se trouvent de sompteuses natures mortes aux instruments de musique, oeuvres de
Baschenis.
C’est donc à l’apparition successive des modernités picturales qu’assiste le visiteur, aux changements radicaux dans le traitement des sujets. Au déploiement d’une peinture qui, plus que toute autre chose, se célèbre elle-même.
jusqu'au 26 OCTOBRE 2008

29 août 2008

Itinéraires Eléonore Dumas

Gardiens des portes
Andlau, verger situé près de la chapelle St André et cour de la Seigneurie.
Eléonore Dumas a pris l'empreinte de corps humains en fibre de verre, matière translucide et rigide. Les gangues forment comme des cocons, des chrysalides, des empreintes en trois dimensions. Placées dans la cour de la Seigneurie ou dans le verger près de la Chapelle St André d'Andlau, ces empreintes sont les gardiens de portes invisibles, portes qui s'ouvrent sur notre imaginaire, sur des mondes enfouis, disparus au plus profond de la mémoire. Gardiens figés mi transparents, mi humains entre la chrysalide et la sculpture. Portes singulières et imperceptibles au regard, qui se devinent au hasard des crépuscules quand la nuit se dispute au jour...
texte Catherine Koenig photos et vidéos de l'auteur

27 août 2008

Livia de Poli "Morts Joyeuses"

L'oeuvre de Livia de Poli est marquée par une virtuosité technique maîtrisée que l'artiste dépasse afin d'atteindre un art plus contemporain et torturé, non dénué d'humour. Si le corps reste une souce d'inspiration constante pour cette artiste venue d'Italie, le visage sera le fil d'Ariane qui nous conduira jusqu'à ces mystérieuses ... Morts Joyeuses, rencontre entre Eros et Thanatos.
Vues l'été dernier lors de l'exploration de la ligne bleue des Vosges, j'ai revu dans le jardin du musée des Beaux Arts de Mulhouse, ses sculptures, j'ai été intriguée par ce minotaure au féminin, rappelant autant Niki de St Phalle que le thème si cher à Picasso. Je suis ressortie du musée, enchantée, amusée, ravie même je dirai à l'idée de mourir en laissant une image hilarante, aux dents bien blanches et à la bouche cramoisie, couchée aux côtés d'un amant-aimant ....
Hommage à Courbet
Virtuosité, rondeurs, couleurs (rouge et blanc), cette magicienne nous démontre toutes les facettes de son talent, avec un mélange d'humour, d'érotisme mais aussi d'émotion et un net penchant pour la morbidité, en un portrait contrasté de la Femme.
Tremblements Rouges
Ne tardez plus pour aller admirer les céramiques de Livia, entre bouches, êtres hybrides, têtes et autres noeuds, Arcimboldo n'aurait pas renié Vertumne et Primavera. L'exposition se termine le 8 septembre. Courez-y
photos et vidéo grâce à l'aimable autorisation de l'artiste

26 août 2008

Un monde à part

Au musée Wurth à Erstein (67), en ouverture, l’œuvre d’Anish Kapoor (Sans Titre, 2004), sculpteur britannique d'origine indienne, entraîne le spectateur vers ce monde à part de l’art en le mettant face à son propre reflet dans un miroir : tour à tour agrandi, brouillé puis inversé, tête en bas, pour apparaître soudainement lorsque il est tout près, de manière assez grotesque. Inévitablement la fascination du miroir opère.
En contrepoint, la déstabilisation du spectateur et l’incitation à une nouvelle perception trouvent un écho avec l’Autoportrait au chien (Besuch im Heimatmuseum III) de Georg Baselitz (déplacé depuis, pour cause de trop grande luminosité). Le sujet inversé se tenant littéralement sur la tête, ses significations conventionnelles et l’identification de son contenu objectif n’opèrent plus. Il en résulte une ambiguïté entre figuration et abstraction.
Les toiles et sculptures environnantes se reflètent en inversion dans le miroir d' Janish Kapoor : Iconoclasme d'Anselm Kiefer, la Longue Marche sur l'Aigle de Jörg Immendorff, le Grand Masque de Stephan Balkenhol
La réactualisation des traditions mythiques distingue tout particulièrement l’œuvre d’Anselm Kiefer dont les allusions spirituelles et historiques peuvent se lire comme l’expression de vérités, voire même d’archétypes dépassant l’individu (Iconoclasme, Les Érinyes). L’œuvre politiquement et socialement engagée de Jörg Immendorff s’appuie sur une iconographie explicite et détaillée ; sa peinture monumentale Longue marche sur l’Aigle renforce le lien entre histoire personnelle et nationale.
Le Grand Masque en bois de cèdre de Stephan Balkenhol évoque, par sa forme totémique et sa monumentalité, les origines cultuelles et mythologiques de l’art. Pour ce dernier lorsqu'on est en face de lui, en face c'est un peu prétentieux vu sa grande taille (294x150x95), il a les yeux ouverts. Si on le contemple du premier étage, il a les yeux clos, le visage empreint de sérénité.
Anselm Kiefer nous révèle l'importance et l'actualité que revètent les évènements mythologiques et historiques. Dans sa peinture Iconoclasme, il interprète comme une attaque contre la liberté d'expression de l'artiste, la querelle qui éclata à Byzance aux VIIIe et IXe s. Initiée par l'empereur Léon III, celle-ci a conduit ses successeurs à détruire les images saintes et à poursuivre, ceux qui étaient qualifiés d'adorateurs d'images ou "d'iconodules" Sur ce tableau monumental que recouvre une impressionnante superposition de matières, des chars d'assaut encerclent la palette du peintre. Alors que les iconoclastes sont identifiés aux chars, les noms manuscrits des iconodules occupent la surface de la palette.
Plus que tout autre artiste Jörg Immendorff est resté fidèle à l'engagement de son maître Joseph Beuys, (que l'on aperçoit sur la toile donnant du feu à son voisin Marcel Duchamp) en faveur d'un art à motivation sociale et politique. Il interroge le rôle de l'artiste dans la société. Dans la longue marche de l'aigle, l'aigle impérial allemand occupe toute la surface de l'oeuvre. Il constitue le décor d'évènements complexes, représentés à la manière d'une gravure en clair obscur. AR Penck est occupé à peindre et s'applique à forger le mot "Einheit" (unité) Le mythe de l'artiste et le passé de l'Allemagne sont sur cette toile indissolublement liés.
C'est un musée absolument fantastique, ainsi que tout l'ensemble de l'entreprise devant laquelle se trouve la sculpture de Jacobsen. Des visites guidées fournissent les clés de compréhension à la très riche collection d'art contemporain.
Visible jusqu'au 21 septembre
La prochaine exposition sera consacrée à François Morellet (les photos sont autorisées)

25 août 2008

Itinéraires 2008 Dominique Kippelen

La porte du ciel
Lieu : Barr, caveau de l'Office du Tourisme.
Vidéo projection, film en loop Dans le caveau de l'Office de Tourisme de Barr s'ouvre un passage souterrain qui, d'après la légende s'ouvre vers un des châteaux forts de la région. Passage sombre peuplé de songes, de toiles d'araignées et de légendes... Dans le tunnel voûté, va s'ouvrir la porte du ciel de Dominique Kippelen, porte bleu de ciel où s'envolent des pigeons de Beyrouth. Lors d'une résidence dans cette ville effectuée en 2006, les pigeons ont été filmés par l'artiste plasticienne. Ils se posaient et s'envolaient d'un toit loin des tensions urbaines, filmés en contre-plongée. Les pigeons font des cheminements vers l'arrière en un lent déhanchement. Animaux banals et peu aimés de nos jours, dans l'antiquité, les pigeons étaient les animaux consacrés à la déesse Ishtar dans les royaumes mésopotamiens. Déesse de la vie et de la mort, elle est descendue aux enfers pour rechercher son amant, tenu prisonnier par sa soeur. Dans un couloir sombre, Dominique Kippelen nous propose d'ouvrir la porte du ciel, une porte s'ouvrant dans les ténèbres du souterrain couleur de nuit.
texte Catherine Koenig - vidéo de la vidéo l'auteur...

23 août 2008

Itinéraires 2008 Oh You Kyeong

De port en port
A Saint Pierre au parc des Missions Africaines, allée des tilleuls. Ciment, 14 empreintes de sacs de riz.
Elève de Giuseppe Penone à l'ENSBA, OH You Kyeong, coréenne, a repris les sacs de riz que les dockers portent de ports en ports sur les routes maritimes qui sillonnent le globe terrestre. De l'Asie à l'Afrique, ces routes et leur ports se matérialisent de manière symbolique à travers les sacs de riz, céréale la plus consommée dans le monde. Allant d'un endroit à l'autre, ces sacs sont autant de contenant sans formes, souples et malléables permettant de porter des éléments fluides. Le riz coule comme du sable et de l'eau. Ces sacs forment modules quadrangulaires, opaques, lourds, massifs, denses, posés sur le sol, ils sont l'opposé des poches d'eau d'Angela Murr, transparents, liquides, tactiles et accrochés en apesanteur.
Oh You Kyeong a pris l'empreinte de sacs en les emplissant de ciment, posés sur l'herbe, ils sont comme autant de galets polis par les rivières, galets sur lesquels l'étudiante nous propose de nous poser quelques instants.
Nous avons déjà vu Oh You Kyeong lors de Mulhouse 008, où elle a remporté un franc succès auprès des enfants.
Texte Catherine Koenig vidéo de l'auteur

21 août 2008

Itinéraires 2008 Benoit Deque

Le fil Ersilien
Dans le roman d'Italo Calvino, les Villes invisibles, il est évoqué une ville qu'aurait traversée Marco Polo dans laquelle chacun des habitants qui établissait un lien avec autrui tissait une ficelle entre les portes. Au fur et à mesure du temps qui passe, les liens se sont multipliés jusqu'à ce qu'au bout d'un moment, la ville d'Ersilie soit devenue invivable. Les habitants l'auraient abandonnée la laissant devenir un cocon stérile. Benoît Decque se réapproprie cette histoire et joue avec le fil qui passe de porte en porte, établissant des liens imaginaires entre des voisins proches ou lointains. Il joue également avec ces liens virtuels que l'on tisse sur la Toile de l'Internet, liens qu'il rend visibles et qui ne sont pas très éloignés de ces câbles électriques qui ont du disparaître des façades des maisons. De porte en porte, sur le fil des rencontres virtuelles et imaginaires, petit cheminement d'une cour urbaine à la place de l'Hôtel de Ville.
Le fil est teint en couleurs afin d'être très visible, et se démultiplier dans la cour du 26 grand'rue en passant de fenêtres en fenêtres dans cette cour abandonnée. Dans le local à schnaps où était placé l'alambic, est accroché le texte de l'histoire de cette ville Ersilie afin que le visiteur aie les clefs de compréhension de la genèse de l'œuvre. Puis, en collaboration avec le Service Animation Jeunesse, était proposé un « lancé de pelotes » avec les habitants de la rue, jeunes ou moins jeunes. Sur le thème du fil ersilien mais aussi des cordes à linges qui se tissent de maisons à maisons dans l'espace méditerranéen.
texte de Catherine Koenig - photos - vidéos de l'auteur

20 août 2008

Itinéraires 2008 Laurent Reynes et Roland Görgen

Constructions voyageuses
Sept cubes de béton, sept cubes d'acier, deux fois sept égalent quatorze. Quatorze mètres cubes, qui, si on les met bout à bout, font combien de kilomètres ? Peu importe. Laurent Reynes nous propose deux portes voyageuses qui se posent l'une au château de Spesbourg et l'autre au Hohwald. La Construction Voyageuse au château du Spesbourg prend la place et matérialise momentanément la porte d'entrée du premier rempart. Avec des portes qui s'exportent sur d'autres continents, proches ou lointains, Laurent Reynes invite le promeneur curieux à se transporter dans des paysages familiers où la porte serait un marquage de - et un encadrement de l'espace. Ses portes monumentales composées de cubes superposés en acier ou en béton attirent le regard sur un paysage composé de courbes des collines sous vosgiennes. Ces vues encadrent et recadrent un paysage familier, tout en marquant un espace modulaire orthogonal. Et pourtant Laurent Reynes nous emmène vers l'inconnu que notre regard considère trop souvent comme acquis ou déjà-vu. Ces portes triomphales sont un prétexte à l'observation de ce que l'on voit de l'autre coté de la porte et de l'espace recomposé autour de cette porte voyageuse. Avec ses constructions voyageuses, Laurent Reynes joue avec des cubes géants et il associe architecture, voyage et sculpture. Ces installations minimalistes et éphémères s'exportent sur d'autres continents sont une nouvelle façon d'observer notre environnement et sur la construction contemporaine
Portails virtuels, Spec-Clic-Bourg
Dans les douves du château de Spesbourg, sur la contrescarpe noyée de plantes sauvages, au pied de la façade hautaine du donjon, Roland Görgen a joué aux fléchettes. Flèches non agressives, bien loin de ne pouvoir jamais traverser les meurtrières de l'enceinte. Mais elles rappellent le Moyen Age et les histoires que l'on raconte aux enfants. Ces flèches tracent un parcours, un chemin virtuel que l'on ne pourra jamais emprunter, noyé qu'il est dans les orties et les ronces. Mais, à les suivre de loin en loin, on pénètre dans l'enceinte du château, et on découvrent deux mains, face à face, dans l'épaisseur de la porte d'entrée principale du château comme si une force virtuelle avait écarté les blocs de pierres pour créer cette porte d'entrée. Ce château n'est plus que ruine. Il fut érigé au XIIIe siècle pour la défense du couvent d'Andlau en un point de vue qui permettait de dominer la plaine. De nos jours, il n'y a guère que les promeneurs qui contemplent l'échappée lumineuse, heureux de se retrouver en pleine nature lors du monde virtuel des connections Internet. Liens virtuels qui nous lient et codifient nos rapports à ce monde nouveau. Roland Görgen joue avec ces icônes qui nous conduisent dans le dédale de l'informatique. Les flèches, les mains, les sabliers sont autant de portes virtuelles qui ouvrent des arborescences informatiques. Dans l'entrée du château l'icône de la main désigne une porte. Une porte sans fonction, un témoignage de porte, qui devient elle aussi une porte virtuelle. N'est-ce pas le paradoxe de l'archéologie de nous donner à voir des espaces imaginaires, recrées virtuellement par ordinateur ? C'est là, par un clic sur une image pixellisée que réapparaissent châteaux, palais, villes qui ne sont plus que ruines. Roland Görgen nous invite à prolonger le jeu entre le patrimoine historique et les portails virtuels d'Internet.
texte de Catherine Koenig - photos et vidéos de l'auteur

17 août 2008

Itinéraires 2008 Anne-Marie Schoen

Anne Marie Schœn, traçant la carte des villages et ville participants à Itinéraires, a créé une cinq cents plaques en porcelaine. Ces plaques portent une entaille qui a permis de les séparer en deux parties. Elles sont comme une carte du pays, un objet sécable permettant de faire du porte à porte, un peu à la manière des colporteurs de l'ancien temps. Anne Marie Schœn aime le contact, l'échange, le troc. Elle est allée, avec ses tuiles en porcelaine sur les marchés d'Andlau et de Barr, à la kermesse des Missions Africaines pour tenir un stand ambulant avec son vélo aménagé. Elle a échangé une partie de sa tuile contre un petit objet aussi divers que varié, objet apporté sur les marchés par les habitants. En échange d'un noeud souvenir qui peut contenir un petit objet anodin (mais en fait c'est très rarement le cas) Anne Marie Schœn a donné aux personnes qui s'arrêtaient à son étal une partie d'une plaquette de porcelaine représentant une carte de la région de Barr.
"Tu me consacres un peu de temps, tu me fais un noeud souvenir dans mon "mouchoir" , en souvenir tu emportes un morceau de la carte".
Référence possible aux cartes du trésor incomplètes de bien des histoires, aux coeurs coupés en deux des bijouteries à deux balles ou encore aux plaques des soldats dont on renvoie la moitié à la famille en cas de décès sur le champ de bataille. Ces petites choses ont été emballées dans des poches en plastique, formant de petits paquets colorés, paquets évoquant aussi les départs, thème récurent dans l'œuvre d'Anne Marie Schœn. Reprenant la thématique des colporteurs, la plasticienne nous invite à se réapproprier des échanges non marchands.
Portes de porcelaine et petits paquets colorés sont installés près du rucher dans le parc des Missions Africaines à Saint Pierre. Formant un inventaire non exhaustif des collectes de hasard, à chacun d'inventer l'histoire des chemins et des rencontres ayant permis la collection de cette colporteuse de l'éphémère...
Texte Catherine Koenig - Vidéos de l'auteur

Itinéraires 2008 Arnaud Weyh

Errances - Cinq trièdres pour une triade
Mittelbergheim Carrefour entre la départementale D 425 et la D 62, au croisement d'Andlau, de Mittelbergheim, du Hohwald et d'Eichhoffen. Décélération, troisième, seconde, un rond-point qui annonce des rues, les villages et la Biennale. Arnaud Wëyh n'indique rien à l'automobiliste-spectateur si ce n'est le spectacle d'un giratoire déboussolé. Un panneau de signalisation en pièces se joue de nos repères habituels et en creux semble nous mettre en garde :
« Allez circulez, y-a TOUT à voir ! ».
Les cinq trièdres sont en réalité un support photographique. Une injonction qui nous conduit immanquablement aux portes créatrices de Nicolas Cochard à Bernardvillé et de Gauthier Sibillat à Mittelbergheim qui composent cette triade « photosensible » aux côtés d'Arnaud Wëyh.
D'aucun ont tenté de la démolir, sans grand succès....
texte Catherine Koenig - Image et vidéos de l'auteur + 1 clin d'oeil

14 août 2008

Itinéraires 2008 Christophe Hohler

Ombres portées
photo Yannick Bohn l'Alsace le Pays
Christophe Hohler a installé des silhouettes d'homme en marche qui se détachent sur l'herbe du talus et le mur ocre rose de la chapelle Saint André d'Andlau située près du cimetière, à l'extérieur de la bourgade. Découpées par oxycoupage, elles sont deux images d'un même geste du sculpteur qui a détouré une silhouette en séparant une plaque rectangulaire en deux zones. La figure positive s'avance par rapport à la figure négative placée en arrière d'elle, comme une image sur une ombre portée. Ombre qui devient lumineuse par l'aura de la plaque qui encadre le détourage de la figure. Au mitan de deux pièces, un poteau rouge sang évoque le fluide, fluide vital, comme un fil fragile et puissant, fil de la vie qui traverse les deux figures. Fil qui traverse réellement les deux silhouettes après avoir suivi le chemin sinueux des poteaux. L'espace entre la première sculpture et la seconde représente la vie physique, la vie faite de chair. La vie physique s'interrompt à la sculpture négative, ce vide dont les formes du corps restent présentes : la mémoire de la chair.
Ce parcours rythmé par les poteaux reliés par un fil contient un temps fort symbolisé par le poteau rouge qui évoque les moments culminants d'une vie. Ce fil de la mémoire longe l'église pour continuer son chemin vers le mur du cimetière. De la chapelle au cimetière, de la silhouette positive à la silhouette négative, de la lumière à l'obscurité, comme une métaphore de la vie et de la mort, rappel de la roue de la fortune du XVe siècle, représentation qui symbolisait le passage de la naissance, de la jeunesse, de la sénescence à la mort. D'une silhouette à son ombre portée, ombre soulignée par l'encadrement de la porte, porte qui se détache du mur du cimetière en s'ouvrant sur la colline...
La mort est terrible.
Un visage qui puisse regarder en face le soleil,
Jamais il n'y en eut.
Celui qui dort et celui qui est mort sont tout pareils l'un à l'autre.
Car de la mort ne représentent-ils pas l'image ?
Épopée de Gilgamesh, 10e tablette, colonne VI, ancienne Babylonie, XVIIIe-XVIIe siècle av. J.-C
.
A proximité : exposition-parcours "L'Homme qui marche" du 23 août au 21 septembre 2008 à Andlau (crypte de l'abbatiale, chapelle St André, mairie et 1 rue de la chaîne...). Se renseigner: 03.88.08.13.22.
texte Catherine Koenig - photo de l'auteur

11 août 2008

Rétrospective Serge Poliakoff

A Saint-Louis, durant tout l’été, il faut partir à la découverte de l’œuvre de Serge Poliakoff. Une peinture qui rayonne entre couleurs, volumes, matières et transparences.
En 1950, le critique d’art Pierre Guéguen observait chez Poliakoff, la quête d’un « rêve des formes en soi qui est le grand mystère à élucider de l’abstrait ». De fait, en parcourant les belles salles de Fernet Branca, on est vite saisi par cette récurrente interrogation sur « l’abstraction comme capacité à réfléchir l’énigme de la visibilité ». Et, on le devine, c’est bien cela qui rend l’actuelle présentation ludovicienne tout à fait passionnante.
Commissaire de l’exposition, Gérard Cahn a conçu une rétrospective qui s’ouvre sur une salle « d’avant » et s’achève sur une ultime toile (1969) posée sur un chevalet et demeurée inachevée, tout cela pour saisir la pertinence et l’importance d’une œuvre à propos de laquelle l’auteur affirmait que l’art devait couler de source. Il faut donc s’arrêter dans cette première salle où, entre hésitations, prémonitions et compagnonnage (Poliakoff peignait souvent avec Robert et Sonia Delaunay), émerge une peinture qui va s’imposer, après Libération, la gouache-charnière de 1944, comme l’une des plus accomplies au sein d’une abstraction, peut-être lyrique si l’on observe la fulgurance et l’équilibre des couleurs mais surtout très méditative, intériorisée et pure…
Avec plus de 70 peintures, une centaine de gouaches, des gravures et des affiches à l’étage émanant de collections publiques et privées (dont celle d’Alexis Poliakoff, le fils de l’artiste), la rétrospective Poliakoff est un fameux voyage dans l’architecture de volumes libérés des lignes, dans la beauté des matières et des monochromes et dans la subtilité transparente des recouvrements. Serge Poliakoff (Moscou, 1900 - Paris, 1970) avouait d’ailleurs que c’est en grattant un sarcophage du British Museum à Londres qu’il comprit que la couleur trouvait sa sonorité dans les superpositions et les transparences…
Comme les toiles de Mark Rothko auquel on songe parfois, l’œuvre de Poliakoff est spirituelle. Et magnifique. S’y immerger à Saint-Louis sera un ravissement pour les amateurs d’art moderne. Centre d'Art Contemporain Fernet-Branca - exposition ouverte jusqu’au 28 septembre
Pierre-Louis Cereja l'Alsace - le Pays
Ce journaliste a presque tout dit sur l'abstraction pure de l'artiste. Peu de formes, 4 à 6 couleurs, un ravissement, n'oubliez pas le film de 52 mn diffusé à la fin de l'exposition.

10 août 2008

Fernand Léger - Paris - New York



Montrer les filiations et les influences entre artistes est une des forces de la Fondation Beyeler de Riehen. Il y a eu «Cézanne et la modernité» en 1999, ou encore «Francis Bacon et la tradition de l'art» en 2004.
Cette année, c'est Fernand Léger (1881-1955) qui fait l'objet de regards parallèles. Si ses liens avec les Etats-Unis étaient déjà connus, c'est la première fois que cette «American Connection» est au centre d'une recherche, se félicite Philippe Büttner, commissaire d'exposition.
Avant d'entrer dans ce dialogue pictural entre œuvres, l'exposition, chronologique, s'ouvre sur la jeunesse cubiste de Fernand Léger. «La femme en bleu», de 1912, marque la touche Léger: contrairement aux autres cubistes, Léger ne réfrène pas sa palette de couleurs. Le bleu est vif et somptueux. D'entrée je suis conquise, alors que les tubes, cylindres et autres cyclistes ne m'attiraient pas plus que ça jusqu'à présent.
La femme en bleu, 1912
La dimension « américaine » du travail de Léger constitue un second point de vue privilégié ; cet artiste s'est rendu à plusieurs reprises aux États-Unis dont, pour la dernière fois, dans les années 1940-1945, lors de son exil new yorkais. Impressionné par cet immense pays, par son architecture, son dynamisme et sa modernité, il y a réalisé des œuvres majeures et notamment des peintures murales, aujourd'hui en partie détachées. Cet opus americanum est traité avec une attention particulière.
Cette même attention est portée à une seconde facette américaine de sa création : à l'instar de Picasso et de Matisse, Léger a en effet exercé à travers son œuvre une influence peu commune sur l'art américain. Cette exposition explore pour la première fois ce phénomène passionnant, à travers la présentation d'une série d'œuvres majeures d'artistes américains. On peut citer en premier lieu
Roy Lichtenstein Stepping Out
Roy Lichtenstein et Ellsworth Kelly: Lichtenstein ne s'est pas contenté de citer des motifs de Léger, il s'est approché de façon plus générale de son style pictural délibérément « impersonnel ». Dans le cas de Kelly, ses « shaped canvases » - des formes colorées devenues peintures - parachèvent une évolution déjà amorcée par les surfaces chromatiques suspendues des compositions crées par Léger au début des années 1910 (Contraste de formes). Afin d'éclairer visuellement ces affinités, cette exposition rassemble dans des salles distinctes des œuvres de Lichtenstein et de Kelly et des travaux de Léger.
Contrastant avec les formes géométriques colorées, les figures humaines, presque toujours en groupe, sont statiques et peintes en grisailles, donnant l'illusion de blocs. Les membres des figures semblent être détachables, comme les pièces de machines.
Mais le mouvement le fascine. Danseurs,
Hommage à la Danse 1926
plongeurs
Les grands plongeurs noirs, 1944
et, plus tard, cyclistes, reviennent souvent au fil des années.
    Jasper Johns - Green Angel, 1990
    Si l'on observe côte à côte les grands plongeurs noirs de Léger et Green Angel de Jasper Johns on relève dans les 2 oeuvres un empilement de silhouettes et de contours colorés. L'exposition présente ainsi l'impressionnante fresque murale «Les plongeurs» (1943). Aujourd'hui propriété du Museum Ludwig de Cologne, la fresque a été peinte pour la maison de l'architecte Wallace K. Harrison à Long Island. Conçue pour être colorée, elle est finalement restée en noir et blanc, ce qui lui permet de révéler la fluidité des formes en adéquation parfaite avec le sujet.
    Pour commenter sa toile «Adieu New York», il écrira: [aux Etats-Unis], «on jette tout plutôt que de réparer. Alors, voyez ici, il y a des morceaux de ferraille, des bras de machine et même des cravates. Ce que j'aimais là-bas, c'était faire des toiles éclatantes avec tout cela.»
    capture télé, Arte, photos catalogue de l'exposition

    07 août 2008

    Les Peintres-Sculpteurs

    Le dialogue entre peinture et sculpture marque la grande exposition d’été au Musée Frieder Burda. Sous le titre «Les Peintres-Sculpteurs – Un dialogue entre la peinture et la sculpture», l’exposition comprend environ 140 travaux du 20ième siècle, dont des chefs-d’œuvres de Degas, Miró, Picasso, Modigliani, Giacometti, Chagall, Kirchner, Beckmann et Baselitz. Une juxtaposition de tableaux, outre les artistes nommés ci-dessus, des œuvres de Willem De Kooning, Paul Gauguin, Henri Matisse, Georges Braque, Jean Dubuffet, Antoni Tapies et Max Ernst sont exposées. En tout, plus de 20 artistes de premier ordre.
    Jean-Louis Prat, curateur de l’exposition: «Le 20ième siècle est particulièrment riche en artistes qui sont à la fois peintres et sculpteurs. De grands créateurs, peintres de leur état, qui profitent de leur expérience de sculpteurs pour vivre une aventure nouvelle. Cette découverte de la forme de l’espace encourage beaucoup de peintres à quitter temporairement la couleur et la bi-dimensionalité de la toile. Ils affrontent des matériaux traditionnels ou réinventés pour créer une sculpture, qui exprimera leur sensibilité et tempérament. Ils accordent une importance nouvelle à la notion de l’idée. Dorénavant, la sculpture se familiarise avec la vie réelle.»
    Jean-Louis Prat a dirigé pendant plus de trois décennies la célèbre Fondation Maeght à St. Paul de Vence. Il est connu mondialement comme expert éminent en sculpture et peinture du 20ième siècle. En 2006, il fut aussi commissaire de la grande rétrospective Chagall au Musée Frieder Burda à Baden-Baden, qui avait attiré plus de 190.000 visiteurs.
    Frieder Burda: "Je suis très heureux que nous sommes parvenu à réaliser cette exposition de sculptures à Baden-Baden. Depuis plusieurs années, je rêve de présenter dans mon musée des sculptures en liaison directe avec la peinture. Nous y avons mis beaucoup d’effort."
    Plus de 40 importants musées et collections privées, principalement d’origine française, suisse, allemande, américaine et espagnole, ont contribué à réaliser cette grande exposition d’été 2008 à Baden-Baden.
    Le bâtiment conçu par Richard Meier se prête merveilleusement à ce genre d'exposition, du 2 ieme étage au sous-sol, toiles et sculptures se répondent. Certaines sculpures se trouvent à l'extérieur, aux alentours du musée. Beaucoup de prêts de collections privées permettent de découvrir des oeuvres ignorées jusqu'à présent.
    Une toile suprenante de Chagall, qui fait penser à Mark Franz, par le thème du cheval et par la couleur rouge, un fond très bleu, le cheval de dos à visage humain, nous regarde, si l'on examine mieux, les "détails" Chagall sont présents, le coq, la lune, une curieuse tête au regard étonné, un autoportrait surgit dans le bas du tableau. Une surprenante sculpture, une bête fantastique, sur le flanc de laquelle un homme enlace amoureusement une femme aux formes généreuses, Valentine, dite VaVa que Marc Chagall épousa en 2ieme noce, après Bella. Un nu rouge (Valentine ?) est de la même veine que le cheval. Une autre sculpture de Chagall "le sacrifice d'Abraham, d'un côté le prophète qui a sacrifié Isaac, de l'autre côté, l'ange qui propose l'agneau en échange. De magnifiques nus, toujours taillés dans le marbre complètent la série, ainsi q'une vierge à l'enfant en bronze, l'enfant étant posé contre le sein, et non tenu sur le bras gauche comme dans les vierges à l'enfant classiques.
    Honoré Daumier occupe une place de choix dans l'exposition, avec son bronze "Ratapoil" décharné, flottant dans son pantalon, ses vêtements frippés, son visage grotesque. Une série de trente six bustes modelés en terre crue, sans armature, de sa série "les Célébrités du juste milieu" montrent les traits, les tics et les défauts , emprunts de férocité, de laideur, des parlementaires de l'époque (1834). Un régal !
    Chaque artiste mériterait qu'on lui consacre un billet, tant cette exposition est riche.
    Jusqu'au 26 octobre 2008
    à suivre
    les photos proviennent du catalogue de l'exposition