Musée d'Unterlinden de Colmar vous propose :
Accrochage d’art moderne
Du 02/11/2006 au 02/11/2007
Description : La collection d'art moderne du musée d’Unterlinden offre un aperçu des différents courants qui ont parcouru le XXe siècle (jusqu’aux années 1980). Cet accrochage met l'accent sur l'Impressionnisme, la Nouvelle Objectivité allemande, l'École de Paris, la Figuration, l'Abstraction.
Impressionnisme
Dans cette section, des œuvres d’artistes majeurs d’une conception nouvelle de la nature et de l'art, au début du XXe siècle, sont représentées : Monet (La Vallée de la Creuse), Guillaumin, Bonnard (Paysage normand), Fiebig (Près de Thannenkirch, Château de Giersberge sont des œuvres représentatives de sa période alsacienne; il gagne l’Alsace à la fin des années vingt, où il poursuit son œuvre dans la solitude la plus extrême, se retirant dans la forêt au lieu-dit du Taenchel). Dans ces paysages se lisent les recherches sur la lumière et la couleur, partagées par les mouvements d’avant-garde du début du XXe siècle.
Les années 20-40 : vers l’abstraction
La salle, structurée sur une même idée de confrontation d’œuvres d’une même période, propose les premiers pas d’une abstraction évidente avec Léger, Brauner et Baumeister et des artistes figuratifs : La Nature morte bleue et rouge (1938) appartient à la période mécanique liée à la civilisation urbaine et industrielle de Léger qui perçoit l’art comme un fait social. La fascination pour la beauté froide de l’assemblage mécanique et son acceptation de cette géométrisation envahissante de la vie moderne rejoignent son oeuvre. Hommage à Marcel Duchamp fut peint en 1947 au retour d’une longue période d’errance et d’incertitude de Victor Brauner. Dans les années quarante, l’artiste, appartient au mouvement surréaliste. Ses références les plus identifiables se rattachent à la mystique juive. En effet, la répétition du motif du chandelier à sept branches sur le ventre, la poitrine et la tête du personnage fait allusion à cette source cabalistique. Il est possible de relever certaines figures récurrentes dans le bestiaire de Brauner : ainsi le serpent, associé à la figure du peintre qui symboliserait « l’essence poétique » ; le chien, métaphore de l’existence quotidienne, perdue dans la foule ou le poisson qui traduirait l’envie d’aller ailleurs… Ces animaux ainsi représentés contribuent au mystère du tableau.
La peinture de Dix suit le mouvement dadaïste, nouvelle objectiviste et vériste avec Beckmann, Grosz, Tucholsky et Heartfield.
Abstraction géométrique et lyrique
Puis, l’accrochage met en jeu deux tendances de l’abstraction au XXe siècle: le géométrique et le lyrique. Les deux tableaux de Kupka, Plans verticaux et diagonaux n°s I et II (1955), attestent l’évolution d’un artiste qui s’imposa dès 1911 comme l’un des premiers abstraits. Au lendemain de la guerre, la peinture de Kupka devient plus résolument géométrique et révèle une influence de l’architecture.
Les compositions de Magnelli (Points d’hostilité n°2, 1948) reposent souvent sur des conflits de formes aux contours strictement délimités par la couleur. Afin de rendre le jeu plastique plus subtil, le peintre suscite des emboîtements et des superpositions de plages colorées.
D’autres artistes ont inventé un moyen d’expression strictement lié à l’abstraction lyrique. Dans la composition de Soulages (13 septembre 1966), la couleur étalée à la brosse détermine une succession de plans. Le noir envahit la quasi-totalité du tableau. Par contraste, les zones d’ocre créent des effets de lumière.
L’École de Paris
Bissière est l’un des peintres français qui contribua au développement de l’École de Paris qui a vu triompher une peinture dite « abstraite » bien qu’elle n’occupât pas toute la place. De 1923 à 1939, il enseigne à l’Académie de Ranson qui devient rapidement un lieu de passage et de discussion de jeunes peintres. Il va rencontrer notamment Manessier et Viera da Silva.
Hommage à Théocrite témoigne de la réception plastique du vitrail, de la statuaire et de l'art mural du Moyen Âge.
L’Homme à la branche et la Composition bleue de Manessier furent peints pendant la Seconde Guerre mondiale, période essentielle de son art, moment crucial dans l'affermissement de sa vocation de peintre abstrait. Il parvient à un extrême dépouillement de son style figuratif. Le climat de sa peinture porte, en partie, l’empreinte de sa foi religieuse. La composition est autre jalon essentiel de la marche de Manessier vers la non-figuration.
Elvire Jan Mozart, 1952-1954, cette a peinture, subtile et complexe n'est pas sans écho avec celle de Jeanne Coppel (Sans titre, 1958), toute aussi exigeante. Elle illustre un aspect encore trop méconnu de l'art des années 50, la recherche discrète mais infiniment poétique de certaines femmes artistes.
Des œuvres de Bryen jouxtent cette Ecole : peintre informel de Nantes, il travaille par plages et touches et ajoute en surface des griffures, des égratignures.
En parallèle, des artistes d’envergures mondiales prouvent d’autres potentiels de liberté de la vie de l’esprit. Vieira Da Silva, à travers la représentation du théâtre de Gérard Philippe (1975), se livre à des jeux de perspective. L’œuvre de Bram van Velde abandonnée de toute référence paraît portée vers un dépouillement. Elle composée de formes triangulaires, de cercles, d’éclats, d’aplats… L’œuvre d’Atlan est caractérisée par un tracé noir épais qui cerne des aplats de couleur mate et esquisse des signes abstraits évocateurs de réminiscences organiques ou végétales qui rappellent certains arts primitifs (Mésopotamie, 1958).
Aux antipodes de l’abstraction, des œuvres tardives de Picasso (Le peintre au travail, 1964 et Tête d’homme au chapeau de paille, 1971) expriment la manière du dernier Picasso. A l’aide d’un vocabulaire de formes schématiquement esquissées, l’artiste « s’adonne à une totale liberté de peinture, figuration libre ». Dans le Buste de femme assise (1960), il s’auto-parodie à travers ses recherches passées.
Abstraction et figuration des années 60-80
Vasarely est le maître de l’art cinétique. Il a réfléchi sur l’unité plastique : une forme binaire ultra fondamentale sert de module permutable à l’infini. Ainsi, en apparence la surface bouge, en même temps que le visiteur change de posture, ce qui génère de nouvelles compositions. C’est un leurre. D’autres personnalités appartiennent à ce mouvement, tels que le contrustiviste russe Tateline, Rodchenko avec ses premiers tableaux à géométrie variable, la galeriste Denise René…
Hantaï (Sans titre, 1957) tend vers une expression lyrique dans son oeuvre. L’œuvre de Loubchansky (Bethsabée, 1956) fait référence à l’atmosphère, aux quatre éléments, aux grands rythmes cosmiques.
Par ailleurs, Antonio Segui, artiste figuratif, fut un des proches de Vladimir Velikovic dont il partagea l’atelier. Le tableau Les segments des villes se rattache à une série d’hommages à la ville de Paris exécutée en 1989. Poursuite (1984) de Velickovic représente un espace sombre marqué par un repère récurrent chez l’artiste, un chien, dont la course ne semble menée à aucune issue car il va être pris dans un crochet.
Art graphique
L’accrochage accorde une place importante à l’art graphique (collages, lithographies, sanguine, encre, gravure à la pointe sèche, mine de plomb). Des œuvres de Manessier (Lumière de Chartes, Grande Trappe) évoquent son expérience spirituelle à la Trappe de Soligny en 1943 qui l’a marqué en profondeur. Il ne tarde pas à éprouver les limites du langage figuratif. La technique de l’aquarelle exerce une véritable fascination sur le peintre comme il le confiera un peu plus tard à Jacques Darras (1993) : […] « La vraie aquarelle, qui est l’art de dire le plus avec le moins : on ne peut pas trouver un moyen où l’on est aussi près du papier. La lumière blanche qui est employée dans les valeurs de couleur, ici, c’est le papier lui-même, jusqu’à laisser l’œil toucher le papier, qui devient lumière et couleur. »
Reichel rencontre Paul Klee en 1919, avec lequel il se lie d’amitié. Ils calquent sur la musique un nouveau langage pictural riche en images primitives, signes, idéogrammes et hiéroglyphes. Même s’il emprunte une voie parallèle à celle de Klee, l’artiste (Glückliche Fahrt, Sonorités anciennes) a su tracer son propre chemin, a crée son monde poétique : « Je ne crois pas que le rossignol après avoir chanté, le soir dirait : j’ai travaillé. Mes petites aquarelles ne sont pas non plus des travaux. Ce sont plutôt des chansons, des prières, des petits airs en couleurs qui ont donné de la joie à beaucoup de gens, pas plus, pas moins ».
Wifredo Lam, né à Cuba et élevé dans la religion catholique, a été cependant initié très tôt aux superstitions et à la sorcellerie africaine.
L’attendu, 1942, se présente comme un mystérieux personnage totémique qui porte à la fois des attributs de la féminité et de la virilité. La structure du visage est celle d’un masque : la face se compose de plans juxtaposés. Aucune impression de volume n’est suggérée. Cette figure a été parfois rapprochée de certaines sculptures africaines, notamment des représentations des Orishas, fréquentes dans la sculpture Yoruba, qui écoutent, une main près de l’oreille, les requêtes des fidèles. Elle renvoie aussi un écho aux recherches contemporaines d’un Picasso ou d’un Max Ernst.
Le cabinet d’arts graphiques propose une approche de la Nouvelle Objectivité allemande notamment avec Otto Dix, Max Beckmann et Georges Grosz. « Nous voulons les choses toutes nues, nous les voulons très claires, presque sans art » disait Otto Dix. Ces peintres, dont certains ont connu le traumatisme de la Première Guerre mondiale, rendent compte de la dureté des temps (réalité culturelle et sociale de la République de Weimar). Ils refusent les avant-gardes expressionnistes et cubistes du début du siècle et se distinguent par leur vision du monde, notamment par l’impitoyable caricature des rapports humains.
Par ailleurs, des dessins d’exercice de Marinot à côté des œuvres graphiques de Coppel faisant référence au principe du collage (interstices) peut former l’idée que chacun de ces artistes ne répondent pas par cet acte de dessiner aux même références, ni aux mêmes périodes de l’histoire de l’art.