Courbet c’est du c.l ?
Voilà la conversation que tenaient mes voisins de table, dans un bistrot des Champs Elysées,
Le premier :
- J’ai vu Courbet avec ma copine
L’autre ;
- Et tu as aimé ?
- non pas trop
- pourtant c’est du cul non ?
Courbet ce sont de superbes nus en effet, grandioses,
la femme à la vague
, la femme au perroquet, la bacchanale, les 2 amies, tout le monde connaît l’origine du monde, et ses tribulations, on a pu voir les 2 toiles qui servaient de cache à Khalil Bey et à Jacques Lacan. Mais pas seulement, il se frotte aux scènes de genre, à la nature morte, au portrait, à toutes les catégories académiques pour mieux les transgresser. Son "Enterrement" relève autant du portrait de groupe que de la scène d'histoire, on pense à David. Son "Atelier" allie l'allégorie et le manifeste. Ce qui est absolument formidable c'est que l'on peut observer ces 2 immenses toiles à loisir, alors qu'à Orsay il faut tendre le cou de façon démesurée.
On est saisi par la véracité de sa peinture devant les
"Vagues" par le choix des matières. Ces paysages de la Loue, pour qui connait la région, sont si authentiques, presque abstraits, se rapprochant quelque peu des toiles d'Anselm Kiefer, ayant parcouru longuement cette région, j'en étais émue.
La belle irlandaise, Jo aurait pu poser pour l'origine du monde,
avec sa chevelure flamboyante, rappelant les belles rousses de JJ Henner, allégorie de la vanité avec son miroir, emblème du doute de soi ? Il ne s'est jamais désaisi d'une des versions de ce portrait.
Je me souviens d'une exposition au musée Courbet à Ornans "les Nus et les Nues", je m'amusais à jouer les voyeuses, en épiant la réaction du public, car certaines toiles jugées choquantes étaient cachées derrière un rideau, belle mise en scène, certains s'attardaient, d'autres passaient rapidement leur chemin, d'autres revenaient sur leur pas...
On apprend que "l'homme blessé", un nu féminin à l'origine, puis un homme enlaçant sa compagne, mais lorsque celle-ci l'a abandonné, a été transformé en homme solitaire, Courbet recouvrant l'infidèle avec un pan de manteau et une dague. Il a gardé cette toile toute sa vie.
Ses paysages de chasse sont d'une grande beauté.
L'hallali du cerf, véritable scène de bataille, est le dernier tableau peint par Courbet.
La truite renvoie à une autre toile de Soutine , peinte pendant son exil, mais aussi une allégorie de la destinée de l'artiste.
Les autoportraits digne de Rembrandt. L'autoportrait, servant d'affiche à l'exposition montre l'état d'esprit de l'homme, angoissé, par son présent, son avenir d'artiste et d'homme, loin de la jovialité légendaire de Courbet.