Le regretté Daniel Arasse dans son "beau livre" broché "Léonard de Vinci" Le rythme du monde, avait déjà donné toutes les précisions au sujet de la Joconde (page 388) tordant le cou à toutes les légendes.
La Joconde à la loupe
"Il faut d'abord préciser ce qui peut l'être : la personne représentée et les conditions de la commande. Mettant à bas une fois pour toutes, on devrait l'espérer, les mythes complaisamment entretenus sur la personnalité du modèle, une lecture des documents d'archives a permis d'éclaircir les conditions (sociales) dans lequelles ce portrait avait vu le jour. Née en 1479, Lisa di Noldo Gherardini épouse en 1945 Francesco del Giocondo. De dix neuf ans son aîné, celui-ci avait déjà été marié à deux reprises : en 1491, avec Camilla Rucellai (morte la même année après avoir donné naissance à un fils, Bartolomeo) et, en 1493, avec Tommasa Villani, morte (en couches?) l'année suivante. Lisa (devenue del Giocondo) donne trois enfants à son époux : Piero Francesco, né le 23 mai 1496, une fille (dont on sait seulement qu'elle meurt le 6 juin 1499) et un second fils, Andrea, né le 1er décembre 1502. Lisa di Noldo Gherardini venait d'un milieu assez modeste, puisque sa dot se monte à 170 floreins (celle de Maddalena Strizzi-Doni, dont Raphaël fait le portrait , est en 1506 de 1400 florins). Francesco del Giocondo est, quant à lui, un marchand aisé qui occupe des offices publics en 1499, 1512 et 1524 : il est en relation avec des familles importantes, les Strozzi et les Doni, et gère une chapelle familiale à l'église prestigieuse de la Santissima Annunziata - dont la charge revient aux mêmes Servites de Marie dont Leonard est l'hôte quand il arrive de Milan, et dont son père était le notaire.
La tableau a été commandé au printemps 1503. Comme le suggère un retrait d'argent effectué par Léonard en mars, il est alors relativement disponible : après avoir quitté le service de Cesar Borgia, il ne reçoit sa première commande importante qu'en octobre 1503, la Bataille d'Anghiari, qui va l'occuper jusqu'en 1506. De son côté, Francesco del Giocondo avait d'excellentes raisons pour commander un portrait de son épouse à un peintre célèbre et, pour l'instant inoccupé.En avril 1503, quelques mois après la naissance de son deuxième fils, il installe sa famille dans une nouvelle maison, plus vaste et, selon une pratique courante, le portrait de l’épouse qui lui avait donné deux descendants mâles a dû faire partie du mobilier destiné à cette nouvelle résidence. Le contexte social de cette commande démythifie un des éléments du tableau qui avait particulièrement enflammé l’imagination des interprètes : le voile noir qui couvre la chevelure de Mona Lisa. Loin de signifier exclusivement le deuil, le voile noir signifiait aussi le statut d’épouse : un manuel à destination des jeunes filles écrit à Venise en 1461, le Decor puellarum, le recommande comme « premier vêtement nuptial » et, dans la vie quotidienne, le voile noir posé sur les cheveux était un attribut normal des femmes mariées, indiquant leurs vertus de chasteté, de dévotion et d’obéissance à Dieu. Sa présence reste exceptionnelle dans ce type de portrait, mais elle peut s’expliquer par la vogue des vêtements noirs ou sombres au début du XVI siècle. D’origine espagnole, cette mode avait reçu sa consécration aristocratique lors des noces de Lucrezia Borgia et d’Alfonso d’Este en 1502 – et on peut penser que Leonard aurait recommandé un tel attribut, parfaitement convenable pour l’épouse de Francesco del Giocondo.
Ces données historiques et sociales ont le mérite d’éviter l’interprétation de fausses pistes.
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