Dernière ligne droite au CRAC jusqu'au 14 septembre.
The Yellow Mountain
Courtesy Peter Blum Chelsea, New York & Tim Van Laere Gallery, AnversLa vidéo
The Yellow Moutain projetée sur un écran suspendu verticalement, telle une estampe déroulée emprunte à l’imagerie et à la musique traditionnelles chinoises pour les détourner : l’image cliché du lever de soleil sur la montagne que le spectateur admire au début de la vidéo est rapidement remise en cause par le changement inattendu de direction que prend « le soleil ». Par ce simple procédé d’inversion, l’artiste nous invite à nous interroger sur les images stéréotypes qu’on se fait de l’Orient et la pertinence de notre angle de vue sur le monde.
Au travers d’une trentaine d’œuvres, regroupant vidéos, installations, sculptures et photographies, Su-Mei Tse et Virginie Yassef dressent leur état des lieux du monde. Tantôt graves, tantôt oniriques, toujours poétiques, les deux univers pointent, chacun à leur manière, les distorsions et les non-sens, les surprises et les aspérités qui jalonnent le quotidien. Quand Su-Mei Tse expérimente un langage qui se veut universel, à la croisée entre le gestuel, le sonore et le cinématographique, Virginie Yassef transforme les éléments de la réalité en objets ou scénarios merveilleux.
L’ensemble de l’exposition alterne des espaces conçus pour une seule œuvre et d’autres où les œuvres des deux artistes se mêlent et se répondent. Elle est l’occasion de découvrir des pièces nouvelles, dont certaines ont été spécialement conçues en fonction de l’exposition et du lieu. Ainsi, Su-Mei Tse imagine des pièces pour les escaliers. Virginie Yassef retrouve quant à elle dans l’un des murs du CRAC la trace d’un animal préhistorique...
Sumy, casque à coquillages que Su-Mei Tse a réalisé
L’apprentissage de toute forme d’expression artistique est soumis à la contrainte du geste, la rigidité, la maîtrise durement acquise du mouvement pour arriver à un certain degré de perfection. Dans la vidéo La Marionnette, l’artiste joue du violoncelle, rattachée à des fils qui contredisent ses mouvements. Lors du montage, Su-Mei Tse, n’a gardé que les erreurs pour en faire une composition. Tel un pantin, ses gestes maladroits créent une nouvelle rythmique, saccadée, presque burlesque. L’artiste pose ici avec humour la question de savoir si un apprentissage soumis et rigoureux est le mal nécessaire pour accéder à la juste expression, au ‘Grand Art’. Le violoncelliste vous fait un clin d'oeil dès l'entrée.
Le musicien autiste
Courtesy de l'artiste et AD Gallery, Athènes
La marionette
Courtesy Beaumontpublic, Luxembourg
Le grand rocher de Passe-Apache est en réalité la reproduction, à la taille d’un univers de géants, d’un petit caillou ramassé par l’artiste sur un chantier de Pékin. Sculpture-fiction située à mi-chemin entre décor de cinéma et vraie montagne, Passe-Apache transforme la morphologie du lieu où elle prend place. De prime abord, elle l’obstrue, le rapetisse. Mais, il suffit d’une simple pression sur l’un des côtés du rocher pour que celui-ci pivote sur son axe et ouvre un passage secret : le visiteur accède alors, comme par magie, au reste des salles et de l’exposition! Traversée vers un ailleurs mystérieux, Passe-Apache donne ainsi au spectateur la possibilité de devenir acteur de l’exposition et d’appréhender physiquement l’œuvre d’art et le lieu dans lequel elle prend place.
Dans l’auditorium, les artistes ont imaginé ensemble une séance visuelle et sonore regroupant des extraits de films, d’enregistrements, de documentaires, qui prolongent leur dialogue par une ouverture polyphonique sur d’autres artistes, d’autres formes et d’autres univers.