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20 août 2008

Le musée Wurth à Erstein

Itinéraires 2008 Laurent Reynes et Roland Görgen

Constructions voyageuses
Sept cubes de béton, sept cubes d'acier, deux fois sept égalent quatorze. Quatorze mètres cubes, qui, si on les met bout à bout, font combien de kilomètres ? Peu importe. Laurent Reynes nous propose deux portes voyageuses qui se posent l'une au château de Spesbourg et l'autre au Hohwald. La Construction Voyageuse au château du Spesbourg prend la place et matérialise momentanément la porte d'entrée du premier rempart. Avec des portes qui s'exportent sur d'autres continents, proches ou lointains, Laurent Reynes invite le promeneur curieux à se transporter dans des paysages familiers où la porte serait un marquage de - et un encadrement de l'espace. Ses portes monumentales composées de cubes superposés en acier ou en béton attirent le regard sur un paysage composé de courbes des collines sous vosgiennes. Ces vues encadrent et recadrent un paysage familier, tout en marquant un espace modulaire orthogonal. Et pourtant Laurent Reynes nous emmène vers l'inconnu que notre regard considère trop souvent comme acquis ou déjà-vu. Ces portes triomphales sont un prétexte à l'observation de ce que l'on voit de l'autre coté de la porte et de l'espace recomposé autour de cette porte voyageuse. Avec ses constructions voyageuses, Laurent Reynes joue avec des cubes géants et il associe architecture, voyage et sculpture. Ces installations minimalistes et éphémères s'exportent sur d'autres continents sont une nouvelle façon d'observer notre environnement et sur la construction contemporaine
Portails virtuels, Spec-Clic-Bourg
Dans les douves du château de Spesbourg, sur la contrescarpe noyée de plantes sauvages, au pied de la façade hautaine du donjon, Roland Görgen a joué aux fléchettes. Flèches non agressives, bien loin de ne pouvoir jamais traverser les meurtrières de l'enceinte. Mais elles rappellent le Moyen Age et les histoires que l'on raconte aux enfants. Ces flèches tracent un parcours, un chemin virtuel que l'on ne pourra jamais emprunter, noyé qu'il est dans les orties et les ronces. Mais, à les suivre de loin en loin, on pénètre dans l'enceinte du château, et on découvrent deux mains, face à face, dans l'épaisseur de la porte d'entrée principale du château comme si une force virtuelle avait écarté les blocs de pierres pour créer cette porte d'entrée. Ce château n'est plus que ruine. Il fut érigé au XIIIe siècle pour la défense du couvent d'Andlau en un point de vue qui permettait de dominer la plaine. De nos jours, il n'y a guère que les promeneurs qui contemplent l'échappée lumineuse, heureux de se retrouver en pleine nature lors du monde virtuel des connections Internet. Liens virtuels qui nous lient et codifient nos rapports à ce monde nouveau. Roland Görgen joue avec ces icônes qui nous conduisent dans le dédale de l'informatique. Les flèches, les mains, les sabliers sont autant de portes virtuelles qui ouvrent des arborescences informatiques. Dans l'entrée du château l'icône de la main désigne une porte. Une porte sans fonction, un témoignage de porte, qui devient elle aussi une porte virtuelle. N'est-ce pas le paradoxe de l'archéologie de nous donner à voir des espaces imaginaires, recrées virtuellement par ordinateur ? C'est là, par un clic sur une image pixellisée que réapparaissent châteaux, palais, villes qui ne sont plus que ruines. Roland Görgen nous invite à prolonger le jeu entre le patrimoine historique et les portails virtuels d'Internet.
texte de Catherine Koenig - photos et vidéos de l'auteur