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31 juillet 2007

Chemin d'art sacré à Ribeauvillé

Le peintre Christoff Baron, 35 ans, installé à Strasbourg, vient de réaliser une exposition à Berlin sur Roméo et Juliette. Mais c’est sur le thème de "la vie de Jésus" qu’il a travaillé dans le cadre de Chemin d’Art Sacré en Alsace, l’itinéraire de haltes artistiques et spirituelles proposé par le Diocèse de Strasbourg dans des lieux de culte alsaciens. Hommage au charpentier : il choisit des matériaux humbles et néanmoins riches de traces, comme autant de paraboles.
« J’ai commencé ce travail… à 33 ans, pour régler mes comptes avec mon passé religieux », explique Christoff Baron.
Une attirance pour le sacré, issu d’une famille protestante fondamentaliste, cet ancien professeur de français, passé par la case journalisme multimédia, s’est converti sur le tard au catholicisme.
«Je voulais marquer ma rupture avec ma famille», dit-il. S’il avoue «une attirance pour le sacré, un attrait pour le religieux», le plasticien se défend de tout «côté obsessionnel».
À l’église Saint-Grégoire-le-Grand de Ribeauvillé, dans la partie haute de la ville, l’artiste qui se présente comme
«plutôt agnostique»
expose deux grandes fresques peintes sur des panneaux de bois: une « Femme adultère » et une « Cène », dont l’inspiration est liée au souvenir du film de Sidney Lumet, « 12 hommes en colère » (1957), où un jeune homme d’origine modeste est accusé de meurtre et risque d’être condamné à mort par un jury composé de douze hommes.
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« Mon oeuvre sur la vie de Jésus est avant tout un travail sur moi-même. Ma foi se traduit en termes d’espérance. »
Référence biblique "Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d'autres signes" Jean 20.30
Dans la nef une série des apôtres se trouve sur l'aternance des piliers, coiffé de beaux chapiteaux.
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Thomas - Jacques - Jude
Je ne résiste pas, au plaisir de vous montrer l'orgue classé monument historique en 1976, dont vous pouvez consulter l'historique ici.
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Les touristes pénètrent dans l'édifice non pas parce qu'ils ont vu de la lumière ou une quelconque publicité, (il n'y a presque rien vraiment en évidence dans ce lieu, sur le chemin de l'art sacré) mais parce qu'il fait frais dans cette église gothique, signalée par le guide, pour se mettre à l'abri de la chaleur extérieure. Ils font un petit tour devant la nef, regardent les vitraux, prennent un cliché, feuillettent les livres de culte et repartent reposés vers d'autres aventures, sans avoir regardé vers les oeuvres, ni vers l'orgue... ni vers le portail ouest fermé, dont le tympan sculpté vers 1400, trilobé présente une Crucifixion surmontée d'une Vierge à l'Enfant.
photos de l'auteur

30 juillet 2007

Art sacré et contemporain dans le Sundgau

C'est à Feldbach, dans ce magnifique Sundgau vallonné, aux pairies et forêts verdoyantes, dans ce charmant et paisible village fleuri, où se trouve une petite église romane rénovée, Saint-Jacques-Le-Majeur , qui a gardé toute sa simplicité, c'est là que Pierre Chevrier , présente "Oblation"
La référence biblique :
"Il reçut alors une coupe et après avoir rendu grâce il dit 'Prenez-la et partagez entre vous' " Luc 22.17
A travers une installation linéaire de 70 tableaux posés sur des lutrins qui nous guident vers un autel, Pierre Chevrier nous convie à un banquet, une communion spirituelle et universelle. Son idée a été de représenter une multitude de coupes symbolisant le partage. L'histoire du lieu qui a abrité les moniales, correspond on ne peut mieux au thème choisi par l'artiste.
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Remarquez le détail de la 1° coupe
Imprégné de la pratique de la peinture et de la photographie, Pierre Chevrier utilise également les moyens informatiques depuis de nombreuses années.
Le résultat, loin de toute froideur, est vibrant de poésie, plein de retenue, de sobriété, sans tumulte ni éclaboussure. Le travail est une constante recherche de la perfection, une quête où l’artiste avance en réfléchissant, à pas mesurés, calmement mais intensément, dans la passion de ce qui s’avère être une vocation exclusive. Si la démarche est plus mentale que pulsionnelle, si elle se sert peu de hasards et n’emprunte pas de chemins de traverse, elle exprime néanmoins une sensibilité forte, pure, esthétique et morale.
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D’un questionnement sur l’homme à la recherche d’un dialogue avec nous, Pierre Chevrier est passé définitivement à l’expression épurée de l’objet parfait (le bol, la coupe...), pour en saisir sa quintessence ou pour jouir de la forme pure, nue, l’associant à un fond aérien, subtil, suggérant le monochrome.
L’univers dépouillé et poétique de ce plasticien est très personnel, très original... De l’Art, sans banalité ni sophistication, d’une noblesse simple.
photos de l'auteur

Le Luxembourg

Grâce à l'amabilité de Jean Paul Morel journaliste, écrivain et chercheur, extrait de son excellent livre "C'était Ambroise Vollard"
LA QUESTION DU LUXEMBOURG
Elle est très grave, la question du Luxembourg. Le sort de la peinture française en dépend.
L’Ecole impressionniste n’a, pour la représenter, que les quelques toiles du legs Caillebotte(1).
A l’exception de deux Matisse, de Laprade, d’un lamentable Bonnard, d’un piteux Marquet, la peinture contemporaine en est absente, et les étudiants d’art, les étrangers y chercheraient vainement les œuvres de nos artistes que les revues du monde entier, et quelques-uns de nos journaux, célèbrent périodiquement.
Depuis Louis XVIII, ce musée est destiné aux artistes vivants.
La galerie de la rue de Vaugirard fut créée sous Louis XIII par Salomon de Brosse. Elle fut ouverte au public en 1750, sous les auspices de la reine Marie de Médicis. Elle contenait de nombreux Rubens, des petits maîtres flamands et hollandais.
Pendant la Révolution, elle abrita les services administratifs, pour reprendre son rôle de galerie d’art en 1801. On y installe des Vernet, Pierre-Paul Prud’hon, Louis David. Eugène Delacroix, J. D. Ingres, Théodore Chassériau leur succèdent quand les œuvres passent au Louvre. Après la Commune, le conservateur Etienne Arago(2) installe des Georges Michel, Gustave Courbet, Félix Ziem, Narcisse Diaz [de la Pena], Louis Ricard. M. Léonce Bénédite lui succéda en 1886.
Il y fit entrer MM. Louis Cabié, Achille Zo, Gaston Balande, Pierre Burgat-Charvillon, Charles Busson, Rosset [?], Camille Dufour, Louis Broquet, Charles Fouqueray, Azouaou Mammeri, Lucien Jonas, Charles Mengin, Fernand Cormon, Georges Rochegrosse, Aimé Morot, Diogène-Ulysse-Napoléon Maillart, Émile Friant, Jean Béraud, Francis Tattegrain, etc., etc., mais ni Georges Rouault, ni André Derain, Pablo Picasso, Maurice Utrillo, André Dunoyer de Segonzac, Maurice de Vlaminck, Luc-Albert Moreau, Othon Friesz, André Favory, Suzanne Valadon. Et la tâche du futur conservateur sera redoutable, car ce sont ces vides qu’il faut combler.
Or, quels sont les candidats ?
M. Charles Masson(3), le conservateur adjoint à M Léonce Bénédite, un vieux fonctionnaire à l’accueil très cordial. Le candidat actuellement offert à quatre contre un, M. Edouard Sarradin(4), conservateur du musée de Compiègne, qui tint durant une dizaine d’années la rubrique des avant-Salons au Temps, et semble plus à sa place dans un rôle de conservateur que de réorganisateur.
Il faut au Luxembourg, pour regagner le temps perdu, un homme énergique et ami des artistes. Energique, car des mesures de salubrité s’imposent, et la tâche sera rude pour nettoyer les murs de tous les retours de l’enterrement, mitrons, communiantes, couchers de soleil sur l’Adriatique, bayadères, moukères et rombières qui l’encombrent.
Ami des artistes, car pour accrocher aux murs des Utrillo, Vlaminck, Rouault, Segonzac, Picasso, etc., il ne faut point songer à les acquérir au moyen des faibles crédits du musée, mais les obtenir gracieusement des artistes.
Trois hommes sont particulièrement qualifiés : André Salmon, Pierre Andry-Farcy, Louis Vauxcelles.
André Salmon(5), l’historiographe de L’Art vivant, l’ami et le compagnon des peintres qui ont fait leur preuve depuis 1902.
Pierre Andry-Farcy(6), conservateur du musée de Grenoble, qui en fit le premier musée de province, tant par le classement heureux des oeuvres anciennes que par l’habileté qu’il mit à obtenir des peintres et de leurs marchands, des oeuvres représentatives(7), et qui obtint le legs de M. Marcel Sembat et de Mme Geneviève Agutte(8), qui constitue le plus massif ensemble de peinture moderne contenu dans un musée.
Enfin, Louis Vauxcelles(9). Celui-ci a des idées précises de réorganisation. Ayant servi âprement, lorsque c’était indispensable, la cause de la jeune peinture, voici un homme dont le jugement fut rarement faillible et qui a prouvé qu’il était un ardent travailleur. Avec lui, nous aurions non seulement un conservateur, mais un organisateur. Il ne songe point à bouleverser le musée qui doit lui être confié, mais à mettre en valeur les œuvres qui y sont déjà et qu’il augmentera de tout ce que la peinture et la statuaire modernes comptent de talents.
Lorsque la succession de M. Léonce Bénédite s’est ouverte, avant même qu’il eût songé à poser sa candidature au Luxembourg, quelques peintres et sculpteurs ont décidé spontanément d’émettre le vœu que ce soit à M. Louis Vauxcelles que revint la conservation de notre musée d’art moderne.
Grossie sans cesse de nouveaux noms, voici la liste d’artistes qui viennent solliciter du ministre très érudit et très énergique, une mesure en faveur d’un candidat que ses mérites d’écrivain d’art semblent désigner à cette tâche :
“A l’insu de l’intéressé, les soussignés ont pris l’initiative de demander au ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts [Anatole de Monzie] la nomination de M. Louis Vauxcelles comme conservateur du musée du Luxembourg.
Signé :
Claude Monet, Frantz Jourdain, Armand Guillaumin Edmond Aman-Jean, Antoine Bourdelle, Charles Despiau, Jules Chéret, Henri Duhem, Henri Lebasque, Othon Friesz, Pierre Laprade, Luc-Albert Moreau, André Dunoyer de Segonzac, Charles Dufresne, Félix Vallotton, Pierre Chareau, Pierre Poisson, André Favory, Gus Bofa, Jean-Émile Laboureur, Henri Manguin, Louis Süe, André Mare, Henry de Waroquier, Abel Faivre, Fernand David, Chana Orloff, Louise Hervieu, Achille Ouvré, Roland Chavenon, Louis Verdilhan, princesse Marie Tenicheff, Suzanne Valadon, André Utter, Georges Sabbagh, Jules Grun, Charles Carlègle, Marc Bastard, Moïse Kisling, Louis Marcoussis, Yves Alix, Jean Lurçat, Charles Guérin, Bernard Boutet de Monvel, Valdo-Barbey, Maurice de Vlaminck, Maxime Real del Sarte, D. O. Widhopff, Jean Marchand, Maurice Bompard, Maurice Marinot, Louise Bonfils, E. Decœur, Mathurin Meheut, Hélène Dufau, Georges Menier, Ignacio Zuloaga, et Louis Legrand, Adolphe Willette, François Pompon, Aristide Maillol, Maurice Utrillo, Auguste Perret.�
Et les adhésions continuent à parvenir en masse au sculpteur Pierre Poisson.
La question du Luxembourg est celle même de l’art français contemporain. Nous attendons de notre ministre des Beaux-Arts une mesure qui satisfera plus les artistes et les érudits que les politiques.
Florent FELS Les Nouvelles littéraires, n°139, 13 juin 1925, p. 7 1. Legs de Gustave Caillebotte (Paris, 1848 - Gennevilliers, 1894), officiellement accepté, après deux ans de tractations, le 26 février 1896, et qui, sur 67 œuvres proposées, comprendra 40 œuvres — sélectionnées par Renoir, désigné par Caillebotte comme son exécuteur testamentaire — de : Millet, Gavarni, Cézanne, Degas, Manet, Monet, Pissarro, Renoir et Sisley. Leur exposition, en février 1897, provoquera les protestations de l’Académie et une interpellation au Sénat. Faute, fut-il dit, de place, le legs ne sera intégré aux collections, au Louvre, qu’en 1928.
Sur l’“affaire�, voir : Pierre Vaisse, “Le legs Caillebotte d’après les documents�, et Marie Berhaut, “Le legs Caillebotte. Vérités et contrevérités�, Bulletin de la Société de l’histoire de l’art français [année 1984], 1985, p. 201-238 ; Anne Distel, “Gustave Caillebotte�, Les collectionneurs des impressionnistes, Bibliothèque des Arts, Paris, 1989, p.245-262 ; Pierre Vaisse, “L’affaire Caillebotte�, L’Histoire, n°158, septembre 1992, p. 7-14 ; Anne Distel, “Gustave Caillebotte, peintre, mécène et collectionneur�, Catalogue de l’exposition Gustave Caillebotte 1848-1894, RMN, Paris, 1994, p.21-30.
2. Etienne Arago (Estagel/Pyr.-Or., 1802 - Paris, 1892), frère du savant et homme politique François Arago (Estagel/Pyr.-Or., 1786 - Paris, 1853). Comme son frère, il fit partie de l’opposition au régime de la monarchie de Juillet, participa à la révolution de 1848, à la suite de quoi il dut s’exiler dix ans à Bruxelles. Son titre de conservateur en 1880 peut être lu comme une réhabilitation politique.
3. Charles Masson (Beaune/Côte d’Or, 1858 - id., 1931). Voir plus loin interview de Charles Masson par Georges Charensol (L’Art vivant, n° 16, 15 août 1925, p. 33-34).
4. Edouard Sarradin (Nantes, 1869 - Versailles, 1957). Officier de la Lég. d’H.
5. André Salmon (Paris, 1881 - Sanary s/Mer/Var, 1969), critique d’art. Auteur notamment de La Jeune peinture française et La Jeune sculpture française, Collection des Trente, Paris, 1912, L’Art vivant, Crès, Paris, 1920, Propos d’atÉlier, G. Crès et Cie, Paris, 1922. Cf. aussi ses Souvenirs sans fin, Gallimard, 3 vol., 1955, 1956, 1961. Voir plus loin sa réponse à l’enquête.
6. Pierre Andry-Farcy (Charleville/Ardennes, 1882 - Toulouse, 1950), conservateur du musée de Grenoble de 1919 à 1949. Officier de la Lég. d’H. en 1937 Voir plus loin sa réponse à l’enquête.
7. Hélène Vincent, dans le catalogue de l’exposition Andry-Farcy, un conservateur novateur. Le musée de Grenoble de 1919 à 1949 (28 juin-11 octobre 1982, Musée de Peinture, Grenoble, 1982), cite : Allée dans le bois de Clamart, don de Henri Matisse en 1920, et premier Matisse entré ainsi dans une collection publique française, suivi de Intérieur aux aubergines, don du peintre en 1922 ; Le Parc de Saint-Cloud, don de Raoul Dufy en 1920 ; La Femme au chien de Pierre Bonnard, et La Toilette de Suzanne Valadon, “envois de l’Etat� en 1920 ; Femme lisant, don de Pablo Picasso en 1921 ; La Force et La Victoire, deux sculptures (plâtres), don d’Antoine Bourdelle en 1921, suivies de La Vierge à l’offrande, donnée en 1923 ; et surtout Jardin de Giverny, don de Claude Monet en 1923.
8. Legs Marcel Sembat (Bonnières s/Seine/Seine-et-Oise, 1862 - Chamonix/Hte-Savoie, 1922), député socialiste de la Seine pendant trente ans & Georgette Agutte-Sembat (Paris, 1867- Chamonix/Hte-Savoie, 1922), femme du précédent, peintre et sculpteur elle-même. Legs enregistré le 26 septembre 1923 ; les salles, spécialement aménagées pour l’accueillir, seront inaugurées dès le 11 septembre 1924.
Ce legs (44 peintures, 24 dessins, 2 sculptures) apportait au musée de Grenoble des œuvres de : Georgette Agutte (œuvres choisies par Paul Signac), Lucie Cousturier, Henri-Edmond Cross, André Derain, Othon Friesz, Paul Gauguin, Pierre Girieud (S), Charles Guérin, Roger de La Fresnaye, Henri Lebasque, Léon Lehmann, Maximilien Luce, Henri Manguin, Albert Marquet, Henri Matisse, Charles Milcendeau, Jean Peske, René Piot, Jean Puy, Auguste Rodin (S), Georges Rouault, Ker-Xavier Roussel, Jeanne Selmersheim-Desgranges, Paul Signac, Kees Van Dongen, Théo Van Rysselberghe, Maurice de Vlaminck, Edouard Vuillard.
9. Louis Vauxcelles (Louis Mayer dit, alias Pinturrichio, Paris, 1870- id., 1939 ?), critique d’art. Officier de la Lég. d’H. Voir plus loin sa réponse à l’enquête.

27 juillet 2007

Pour un musée d'Art Moderne à Paris

Grâce à l'amabilité de Jean Paul Morel chercheur et journaliste auteur entre autres de "C'était Ambroise Vollard" voir ici et là
Extrait de son excellent livre
Jean-Paul Morel a mené l’enquête, de La Réunion à Paris. Il a cumulé, pendant plus d’une décennie, une documentation extraordinaire sur ce curieux bonhomme, mort brutalement en 1939, dans un accident de voiture. Loin d’être une biographie classique, cet ouvrage propose plutôt des pistes de réflexion, grâce à ces documents, le plus souvent inédits. Après une formation de philosophe, Jean-Paul Morel a été journaliste au Matin de nombreuses années. Il s’est spécialisé dans l’histoire de l’art et a été commissaire de plusieurs expositions dont celles consacrées à Valloton et Toulouse- Lautrec. Il a édité de nombreux ouvrages, dont plus récemment Le père Ubu à la guerre d’A. Vollard et La peinture couillarde de P. Cézanne (Mille et une Nuits).
POUR UN MUSÉE FRANÇAIS D’ART MODERNE
SÉGUIER / R.M.N., 1996
CITATIONS EN EXERGUE
“Oh, ce musée. [...] Les maîtres de la peinture actuelle sont absents. Et nous applaudirons à un incendie assainissant le hangar luxembourgeois, si ne s’accumulaient là des documents indispensables aux monographes futurs de la bêtise au XIXe siècle.�
Félix Fénéon
(“Le musée du Luxembourg�, Le Symboliste, 15 octobre 1886)
“Delendum est museum�
Noël Clement-Janin
(“Le musée du Luxembourg�, Estafette, 2 janvier 1894)
“Une vaste prison, mais aussi un Lupanar obligatoire. À Saint-Denis, les rois ont leur tombe ; les peintres ont le Luxembourg.[...] Il fallait le détruire de fond en comble, et non y introduire d’honnêtes gens comme mélange. [...] Je sais bien que dans les cimetières, peu importe le voisinage, mais pour les vivants, il importe.�
Paul Gauguin (Racontars de Rapin, septembre 1902)
“POUR UN MUSÉE D’ART MODERNE À PARIS�
Plusieurs personnalités artistiques s’inquiètent à juste titre de voir l’art moderne si mal représenté à Paris dans nos musées pendant l’Exposition de 1925(1), et nous croyons savoir que des pourparlers sont engagés pour que d’importantes rétrospectives soient organisées afin de montrer que, tout de même, l’art académique, l’art officiel, n’est pas ce qui représente l’art français depuis le milieu du siècle dernier.
Il aurait été tout à fait regrettable que les étrangers qui viendront à Paris à cette époque, eussent à constater qu’il leur était plus facile de voir de la peinture française chez eux que chez nous.
En Russie bolchevique même — une note de Paul Morand aux Nouvelles littéraires nous l’apprend —, nos maîtres impressionnistes, et Degas, et Toulouse-Lautrec, et Cézanne, sont mieux représentés à Moscou qu’à Paris, par des tableaux provenant de collections privées devenues publiques après la Révolution(2). Mais l’Etat français n’aurait pas eu besoin de mitrailleuses pour faire du musée du Luxembourg le plus beau musée moderne du monde. Grâce aux initiatives que nous indiquions, et en particulier à celle du Salon des Indépendants — qui donnera un aperçu de ce que fut l’œuvre des grands indépendants —, Paris ne fera pas figure de pauvre aux yeux des visiteurs de cet été. Surtout si, comme nous l’espérons, ces expositions sont ouvertes au cœur même de la ville.
Mais après ? Lorsque les tableaux et les sculptures réunis pour quelques mois auront repris leur place dans les collections particulières ?
On s’apercevra alors, plus encore qu’auparavant, combien est grave l’absence à Paris d’un musée où seraient réunies des œuvres représentatives de l’art vivant.
Est-ce une folie de penser que cette lacune pourrait être comblée ?
Nous ne le croyons pas. Un mécène, en Amérique, a entrepris de doter son pays de galeries déjà riches en œuvres considérables ; ne peut-on concevoir que, chez nous, un geste semblable puisse être fait ? Un tel mécène, évidemment, ne se rencontre pas aisément, mais, à défaut d’un seul, il pourrait y en avoir plusieurs, réunis pour un effort commun. Parmi les grands collectionneurs, en est-il beaucoup qui refuseraient de prêter leur concours à la création d’un musée d’art moderne à Paris ? Quant aux artistes vivants, ne consentiraient-ils pas à certains sacrifices pour y figurer ? L’exemple du musée de Grenoble(3) permet tous les espoirs.
Ce projet, d’ailleurs, n’est déjà plus tout à fait un projet en l’air Nous croyons savoir que la Société des Amateurs d’art et Collectionneurs(4) l’a envisagé et cherche les possibilités qu’il y aurait de le réaliser. Tout cela, naturellement, est encore très vague, très imprécis. Il y aura de multiples difficultés à résoudre, lorsqu’il s’agira de choisir les œuvres dignes d’entrer dans ce musée, mais il est très réconfortant de penser qu’un mouvement se dessine dans ce sens. Et sitôt que ce mouvement s’affirmera, nous sommes persuadé qu’il sera soutenu par des forces venues de partout.
André WARNOD*
Comœdia, n°4445, 22 février 1925, p. 4
.
* André Warnod (Giromagny/Belfort, 1885 - Paris, 1960) critique d’art, auteur notamment de Les berceaux de la jeune peinture, Montmartre - Montparnasse. L’Ecole de Paris, Ed. Albin Michel, Paris, 1925.
1. Célèbre “Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes�.
2. Les collections russes de peinture moderne française viennent de deux riches familles, marchands dans le textile : les Chtchoukine et les Morozov.
Piotr Chtchoukine (Moscou, 1853 - id., 1912), collection donnée en 1905 au Musée d’histoire ; Ivan Chtchoukine (Moscou, 1869 - Paris, 1908), collection rachetée par son frère Sergueï ; et Sergueï Ivanovitch Chtchoukine (Moscou, 1854 - Paris, 1936), collection d’abord destinée à la Galerie Trétiakov, nationalisée en 1918, conservée au palais Troubetzkoy — devenu en 1925 le Musée d’art occidental moderne, rebaptisé en 1948 musée Pouchkine —, et alors répartie entre le musée de l’Ermitage à Léningrad et le musée Pouchkine à Moscou.
Mikhail Morozov (Moscou/Russie, 1870 - id., 1904), collection donnée en 1910 à la Galerie Tretiakov, englobée dans le Musée d’art occidental moderne en 1925, et Ivan A. Morozov (Moscou/Russie, 1821 - Karlsbad/Autr., 1921), collection nationalisée en 1919, répartie entre le musée de l’Ermitage à Léningrad et le musée Pouchkine à Moscou.
Cf. cette année-là, B. Ternovetz [directeur du musée], “Le Musée d’art moderne de Moscou�, L’Amour de l’art, n°12, décembre 1925.
3. Voir plus loin Pierre Andry-Farcy.
4. A l’initiative de Daniel Tzanck, voir écho suivant
.
ENTRETIEN AVEC PAUL LÉON*, DIRECTEUR DES BEAUX-ARTS
PAR FLORENT FELS**
[Paul LÉON] — ... Je ne suis pas l’ennemi de ce qui est nouveau. J’admire cette jeune peinture française actuellement exposée au Pavillon de Marsan1.
[Florent FELS] — Pourquoi n’intervenez-vous pas pour nous doter d’un musée d’art moderne français ?
[P. L.] — Parce que les oeuvres de Henri Matisse, Pablo Picasso, Maurice Utrillo, Maurice de Vlaminck, André Dunoyer de Segonzac sont hors de prix, et que nos crédits sont limités.
[Fl. F.] — J’ai proposé en 1920 de faire donner au Luxembourg des œuvres de ces peintres. M. Léonce Bénédite me les a refusées.
[P. L.] — M. Bénédite aurait de toute façon quitté le Luxembourg cette année(2).
[Fl. F.] — Qui le remplacera ?
[P. L.] — Un jeune, n’en doutez pas(3).
[Fl. F.] — Nommé par qui ?
[P. L.] — Par les deux secrétaires perpétuels des Académies, assistés par trois conservateurs des musées nationaux, lesquels désignent au Ministre leurs candidats, parmi lesquels le Ministre choisira.
[Fl. F.] — Je comprends aisément qu’avec un tel système, on ne parvienne qu’à nous doter de fonctionnaires de second choix, que rien ne semble destiner à l’organisation des grands musées d’art.
En somme, il nous faudrait un ministre énergique, un dictateur, qui aime les arts, les serve énergiquement et sache imposer un candidat de son choix !
M. le Directeur sourit doucement : “Je suis très libéral, je suis très libéral�, et tout ce qu’il ajoute me semble si bienveillant, si gagné à l’art contemporain4 qu’il me semble être en face d’un autre moi-même.
Je remets à M. le Directeur le dernier numéro de L’Art vivant. Il sourit : “Je le connais... et je le lis régulièrement�, ajoute-t-il. Quelle référence!
Les Nouvelles littéraires, n°138, 6 juin 1925, extrait de “L’affaire de l’Exposition des Arts décoratifs�, par Florent Fels, p.4. * Paul Léon (Rueil, 1874 - ?, 1962), chef de cabinet, en 1905, de E. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, directeur du service de l’architecture (créé pour lui) en 1907, puis directeur des Beaux-Arts de 1919 à 1932. Académie des Beaux-Arts en 1922 ; Grand-Croix de la Lég. d’H. Auteur de Art et artistes d’aujourd’hui, Charpentier-Fasquelle, Paris, 1925, et Du Palais Royal au Palais Bourbon, Souvenirs[1943], Albin Michel, Paris, 1974.
** Florent Fels (Florent Feisenberg dit, Paris, 1893 - Monaco, 1977), critique d’art, notamment co-fondateur avec Marcel Sauvage de Action -1920-1922-, et rédacteur en chef de L’Art vivant de 1925 à 1935. Auteur de L’Art vivant de 1900 à nos jours, Pierre Cailler, Genève, 1956, 2 vol.
1. “Cinquante années de peinture française (1875-1925)� exposait un ensemble d’oeuvres de Courbet à Picasso. 2. Léonce Bénédite (Nîmes, 1859 - Paris, 12 mai 1925), conservateur-adjoint d’Etienne Arago en 1886, devenu conservateur en chef en 1892. Il avait mené en 1899 la première campagne pour la construction d’un nouveau musée. Rapporteur général de la section des Beaux-Arts à l’Exposition universelle de 1900. Auteur de Le Musée du Luxembourg, 1894, Les collections étrangères du musée du Luxembourg, 1924.
3. Le “jeune� élu sera le conservateur-adjoint de Léonce Bénédite, Charles Masson, alors âgé de 67 ans...
4. Les “choix� de Paul Léon en matière d’“artistes d’aujourd’hui�, d’après son ouvrage paru en 1925 — en fait, recueil de ses discours —, se limitent à : Alfred Roll (à l’occasion de son décès en 1919), Emmanuel Frémiet (1824-1910), pour l’inauguration d’une statue à sa mémoire au Museum d’histoire naturelle, en 1924) et Maurice Denis (à l’occasion d’un banquet offert en son honneur au moment de l’exposition de son œuvre au Pavillon de Marsan en 1924)

21 juillet 2007

La cathédrale Sainte Cécile d’Albi

Grâce à France 2 -Tour de France 2007- et 3 -La carte aux Trésors du 18 /7 - (qui l'eut cru ....), j'ai pu survolé cette région du Tarn, qui est absolument fabuleuse, alors que j'ai eu la chance de la visiter au printemps sous un soleil radieux.
Cette cathédrale forme avec le Palais de la Berbie un ensemble monumental de brique le plus puissant qui soit en France. Forteresse de la foi, elle constitue l’achèvement architectural gothique du Midi toulousain. Il a fallu 2 siècles pour construire cet important édifice devant symbolyser l'autorité de l'Eglise, et une foi "retrouvée" après les massacres de la croisade menée par le pape et le royaume de France, contre les cathares, dont la religion s'acheva, après les guerres et l'inquisition, dans les flammes des bûchers. Son enveloppe austère et grandiose abrite un intérieur absolument extraordinaire, le plus grand jugement dernier du moyen âge, un choeur où se déploie les merveilles délicates du gothique flamboyant, et le plus important programme de sculpture française pour la fin de l’époque médiévale. Il s’y joint le plus vaste et le plus précoce ensemble de peintures italiennes réalisé en France au début de la Renaissance. Elle n'a qu'une seule entrée en forme de baldaquin luxueusement orné
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photos de l'auteur

Albi la ville de Toulouse Lautrec

Lors de mon escapade printanière je vous ai promis de rapporter billets et photos. Le tour de France me donne l'occasion de vous parler du magnifique Musée Toulouse-Lautrec, situé à droite de la cathédrale Ste Cécile.
Aujourd’hui, par l’un de ces paradoxes que sait ménager l’histoire, ce haut lieu médiéval, archevêché symbolisant la puissance et le faste des prélats qui l’ont habité, abrite l’œuvre d’un artiste au tempérament et au talent tumultueux, Henri de Toulouse-Lautrec.
Il existe à Albi un musée depuis 1876, installé dans un premier temps à l’Hôtel de Ville, puis dans l’Hôtel de Rochegude.
Lorsqu’intervient la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le département devient propriétaire des biens de l’ancien archevêché et le concède à la ville, à condition qu’y soit installé un musée d’art.
Palais de la Berbie
Les parents de Toulouse-Lautrec, le comte et la comtesse, à la mort de celui-ci, dans le double souci de préserver le travail de leur fils et de respecter ses dernières volontés, proposent aux musées parisiens l’ensemble des œuvres subsistant dans l’atelier du peintre. Refus et dédain des responsables de ces institutions les poussent à proposer ceci à la ville d’Albi.
Le cousin germain du peintre,
Gabriel Tapié de Celeyran
ainsi que son ami de toujours,
Maurice Loyant
font aboutir le legs. A la suite de ces premiers dons, des proches enrichissent la collection. C’est ainsi que le fonds du musée du Palais de la Berbie peut s’enorgueillir de posséder la collection publique la plus importante au monde, consacrée à Toulouse Lautrec.
Pour la visite, il faut avoir bon pied, bon œil, le bâtiment étant ancien. Vous passerez de plaisir en émerveillements. Cela démarre par un
portrait de Lautrec par Vuillard.
Elle est complétée par des tableaux contemporains du peintre, tels que Emile Bernard, Bonnard, Matisse, Rouault ( le clown Patrice).
    Albi était aussi la ville du pastel et du navigateur Lapérouse
    Images provenant du catalogue du musée Toulouse Lautrec