
A
l'Espace d'Art Contemporain Fernet Branca jusqu'au
18 février 2007
La présence de
Georges MATHIEU à SAINT-LOUIS est un véritable évènement.
Parlant de lui, André MALRAUX a dit : « Enfin un calligraphe occidental ». Mais Georges MATHIEU est bien plus que cela, il a été le premier à dénoncer la sclérose d’une culture confortable ou conformiste. S’il proclame la vertu de la tradition, ses prises de position restent néanmoins spectaculaires et François MATHEY, Conservateur en Chef du Musée des Arts Décoratifs à PARIS, avait écrit que : « l’histoire ratifiera ce que Georges MATHIEU a offert à l’Art Contemporain et vérifiera aussi combien son action a transformé la conscience que notre Société avait d’elle-même et le rôle que doit assumer désormais l’artiste s’il est fidèle à sa vocation ».
A l’origine, MATHIEU s’est posé la question si l’on ne pouvait pas s’exprimer en peinture par le style et en laissant de côté la représentation et c’est à partir de là qu’effectivement sa peinture est exempte de toute représentation, et qu’elle a trouvé son propre langage. C’est la naissance de
l’abstraction lyrique.
C’est toujours François MATHEY qui écrivait : « Cette libération qu’il découvre s’exprime librement avant WOLS et POLLOCK en taches et en coulures. Il y a pure jouissance physique à dessiner directement au tube, à verser directement la boîte de Ripolin sur la toile et à s’émerveiller des libres jeux de l’essence et de la couleur… »
Je connais Georges MATHIEU depuis fort longtemps et le voyais une ou deux fois par an. Un jour, il m’a emmené en région parisienne dans un énorme hangar où étaient entreposés plusieurs de ses grands tableaux, et devant moi, pendant une dizaine de minutes, il a mimé les gestes comme s’il était entrain de peindre. Il sautait de haut en bas, puis de gauche à droite, puis il lançait ses bras, c’était comme un ballet bien réglé. Il dit : « Aucune image, aucune idée antérieure, ne précèdent la seconde où je commence à peindre. Le premier geste peut être arbitraire. Il l’est plus souvent, mais le second est implacablement lié au premier, et ensuite, il y a un enchaînement presque cybernétique de chacun des gestes. Je suis victime de mon premier geste… »
Il peint avec une rapidité inouïe et s’il peint tellement vite ce n’est pas parce qu’il manque de temps, ce n’est pas non plus pour battre un record, mais c’est tout simplement parce qu’il ne lui fallait pas plus de temps pour faire ce qu’il voulait faire et il précisait d’ailleurs que prendre du temps, c’est ralentir les gestes et introduire des doutes portant atteinte à la pureté du trait.
Pour Georges MATHIEU, peindre c’est un combat : il va à l’assaut à coups de brosse, utilisant le tube et la main et c’est comme s’il entrait en transe. Une fois la bataille terminée, il se détend, conscient de sa victoire.
Plusieurs grandes toiles qui sont présentées au Centre d’Art Contemporain de SAINT-LOUIS avaient été exposées récemment au Château de Versailles sur l’initiative du Ministre de la Culture. C’est ainsi que l’on pourra voir

«
la Victoire de Denain » qui est une toile de 7m sur 2,75m et elle rappelle que c’est en effet à Denain, le 24 Juillet 1712, que le sort de la France s’est décidé, laquelle risquait de revenir à ses frontières du16ème siècle sans l’Alsace, sans la Franche-Comté, sans l’Artois et le Roussillon et Denain a été un véritable sursaut de la volonté nationale.
L’exposition comportera également le tableau très important « Paris capitale des Arts » qui est une toile de 9m de long, la toile « Souvenir de la Maison d’Autriche » qui est une toile de 6m de long et les différents hommages, à savoir « Hommage au Connétable de Bourbon » qui a été peint en 40 minutes, « Hommage aux Frères Boisserée », ou encore « Hommage à Louis XI »,
« L’élection de Charles Quint » et deux grandes toiles que j’avais en son temps fait acquérir par le Musée Unterlinden, à savoir « Hommage à Monsieur de Vauban » et « Seventh Avenue 1957 ». Il est remarquable et il faut le souligner que les toiles exposées ici sont toutes titrées dès lors qu’elles se réfèrent à des évènements historiques où le mythe va rejoindre la modernité.
Georges MATHIEU s’est consacré également à la renaissance des arts appliqués et c’est ainsi qu’il a fait tisser aux Gobelins pour Air France, la tapisserie « Château de Versailles » et c’est ainsi également qu’il a abordé l’architecture, la sculpture, la céramique et la médaille. Il a réalisé à la Monnaie de PARIS, 18 médailles pour commémorer 18 moments « dans une perspective éthique ». Il est également entré dans l’univers monétaire et la pièce de monnaie a été tirée à 660 millions d’exemplaires et il s’est intéressé au timbre

aux affiches d’Air France, soulignant par des signes les 5 continents.

Dans des textes importants, il s’est érigé contre ceux qui sont « endormis par l’inertie, l’habitude, le bien-être, le confort, la sécurité ». Dans l’introduction de son livre « le privilège d’être », il a crié en face du monde : « Réveillez-vous, Messieurs ! »
Je remercie Georges MATHIEU d’avoir bien voulu prêter à SAINT-LOUIS ses toiles emblématiques qui, incontestablement, font partie de l’histoire contemporaine.
Gérard CAHN
Président de la Commission Artistique