Free Image Hosting at www.ImageShack.us Le graphiste berlinois Damien Deroubaix expose « World eater » à la galerie JBB jusqu’au 3 mars.
D’une lucidité aiguë, l’artiste dépeint sans phare le culte de la violence ordinaire. À 34 ans, Damien Deroubaix se hisse incontestablement parmi les valeurs sûres de l’art contemporain. De solides études aux beaux-arts de Saint-Etienne et à la Kunstakademie de Karlsruhe, en Allemagne, ont achevé d’affûter les armes de la dénonciation dont le créateur fait feu aujourd’hui : la peinture et le graphisme - avec également un
« je ne sais quoi » rageur de Fassbinder ou John Heartfield - car qu’on ne s’y trompe pas, la culture iconographique allemande émerge bel et bien de l’ensemble.
L’exposition «World eater » - traduisez « Mangeur du monde » -, dévoile ainsi les mécanismes et les symboles pernicieux de la violence. « Un travail contre toutes les formes d’oppression : sexe, fric, nazisme, considère le directeur de la galerie, François Samuel-Weis. Ces préoccupations par rapport au monde me paraissent plus que légitimes ». Coupures de presse, internet, livres d’histoire - des signes provocateurs de la consommation à la propagande la plus abjecte, les « objets de torture » qui pleuvent sur le quotidien constituent à la fois la matière et le ciment contestataire des oeuvres de l’auteur. Faire sauter le vernis « Je me sers d’images de scènes violentes pour brosser le portrait du monde actuel. En somme, une photographie de son envers », déclare-il.
Ici, deux sculptures en résine et fibre de verre, enduites de silicone ; là, le collage sur papier aquarellé d’une tête de mort, de femmes laides en porte-jarretelles ; plus loin encore, un requin, une croix gammée ou encore un billet de monnaie US dont certaines inscriptions ont été sciemment grattées... « L’utopie bannie », y décrypte-t-on à la lumière de lettres peintes.
Damien Deroubaix s’empare des stratagèmes publicitaires dont il fait sauter le vernis : « La pin-up, par exemple, cet argument de vente d’un frigo ou d’une voiture, devenue un objet de marchandise - la dégénérescence du monde capitaliste ». À l’évidence, le concepteur affirme son art sur le mode de la dérision.
Témoin lucide de son temps, il s’engouffre radicalement dans les brèches d’un univers perverti par les signes économiques, politiques et historiques, à la manière d’un tableau que l’artiste s’ingénie en définitive à travestir, pour mieux nous en faire découvrir la teneur véritable.
Rafik Bouaziz L'Alsace le Pays