association de l'art à l'œuvre — blog

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29 janvier 2008

Quand l'art est vis et fixations ou la galaxie Würth

Encore une bonne raison de venir dans le triangle d'or qu'est l'Alsace, proche des musées prestigieux suisses et allemands, mais aussi riche de ses propres musées (voir la grande exposition consacrée au retable d'Issenheim de Matthias Grünewald où c'est l'unique occasion de voir les 14 dessins préparatoires rares du maître ).
Ce musée privé consacré à l'art moderne et contemporain en milieu industriel a ouvert ses portes au public le 27 janvier.
Le bâtiment impressionnant réalisé en béton brut et en verre porte la nom de "Musée Würth France Erstein" et permettra d'exposer l'immense collection de Reinhold Würth. 12 autres musées de ce genre existe déjà un peu partout en Europe. L'homme d'affaires allemand possède en effet plus de 11.000 œuvres, peintures, sculptures et dessins.
L'entrepreneur et mécène allemand Reinhold Würth,
qui a bâti sa fortune sur la vente en gros de vis et fixations, a inauguré vendredi dans la zone industrielle d'Erstein (Bas-Rhin) son plus grand musée d'art moderne hors d'Allemagne, le 13e dans le monde. Le collectionneur de 72 ans s'est livré lors d'un point presse à un vibrant plaidoyer en faveur de l'art dans l'entreprise,( Wurth- France en Alsace ) expliquant pourquoi il multipliait la création de musées ouverts au grand public à proximité des sièges de ses filiales, en Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Italie, Norvège, Pays-Bas et Suisse.
"On pourrait penser qu'il était plus raisonnable d'investir cet argent dans la construction d'un nouvel entrepôt de marchandises, mais quand on considère le développement du groupe Würth, ma thèse est que l'art a incroyablement contribué à son succès", a-t-il souligné.

De la quincaillerie de deux employés fondée en 1945 par son père et qu'il avait reprise en 1954, Reinhold Würth a fait une multinationale de 62.000 salariés présente dans 86 pays, dont le chiffre d'affaire avoisinera les 10 milliards d'euros cette année.
"L'art, la culture, la motivation des collaborateurs ne peuvent pas se mesurer en euros et en cents", a-t-il souligné, estimant que la présence d'art dans l'entreprise contribuait à "créer un sentiment de communauté" et ouvrait "une nouvelle dimension de qualité de vie".
Pierre Hugel président du directoire Wurth France
Avec ses quelque 3.500 m2, le musée Würth-France - deux volumes parallèles de béton brut surmontés de deux boîtes de verre, oeuvre des architectes lyonnais Jacques et Clément Vergély - a coûté près de 10,5 millions d'euros. Il accueillera par roulement les oeuvres de la collection Würth, de Claude Monet à Gerhard Richter, en passant par Pablo Picasso, René Magritte, Max Beckmann, Christo, Georg Baselitz ou Anselm Kiefer.
Reinhold Würth avait entamé dans les années 1960 sa collection par l'acquisition d'une aquarelle de l'expressionniste allemand Emil Nolde. Il est aujourd'hui à la tête d'une des plus importantes collections privées d'Allemagne, composée de quelque 11.000 oeuvres.
Le choix des oeuvres fait par Reinhold Würth est tout a fait subjectif et n'obéit à aucun quelconque dictact de mode. Actuellement dans son musée suisse à Arlesheim, dans la région de Bâle il expose des oeuvres de Baselitz.
Une des oeuvres préférées de Reinhold Würth
Vous pouvez voir les vidéos des interviews, de la préparation et de l'inauguration du musée en cliquant ici.
photos capture télévision

24 janvier 2008

Grünewald le Rhénan

Derniers jours à voir absolument
du 8/12/2007 au 2/3/08 à Colmar et à Karlsruhe
Étrange lacune : bien qu'il figure parmi les chefs-d'oeuvre de la Renaissance, aucune exposition n'avait encore été consacrée au retable d'Issenheim. Ni même, en France, à son auteur. Comment Mathis Gothard Nithard, peintre franconien, actif dans le diocèse de Mayence, que la postérité retiendra sous le nom de Matthias Grünewald (1475/80-1528), a-t-il peint cette oeuvre hallucinante d'expressivité et de force pour les Antonins d'Issenheim ? Dans quels contextes artistique, religieux et social, une telle commande s'inscrit-elle ?
Ce sont des éléments de réponse qu'apportent le musée Unterlinden de Colmar et la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe. Le premier dispose du chef-d'oeuvre absolu de l'artiste, la seconde de quatre tableaux et un dessin - pour un catalogue raisonné limité à 25 panneaux peints, tous d'inspiration religieuse, et 37 dessins. Il convient d'emblée de lever une équivoque : il ne s'agit en rien d'une rétrospective Grünewald, quoique plusieurs originaux aient été rassemblés - la Kunsthalle réunit 9 peintures et 6 dessins, Colmar ajoute 14 dessins à son retable. Mais pour qui ira de Karlsruhe à Colmar, de Colmar à Karlsruhe, les contours de l'artiste apparaîtront plus précisément. La Kunsthalle s'attache à restituer l'esprit de ce début du XVIe siècle riche d'une nouvelle vision naturaliste de l'art - celle des Dürer, Holbein, Cranach, Altdorfer... -, tandis qu'Unterlinden se concentre sur son retable avec 50 dessins et sculptures.
Concernant ce dernier, Pantxika De Paepe, conservateur en chef d'Unterlinden, et Philippe Lorentz, historien d'art médiéval, commissaires de l'expo colmarienne, bousculent les idées reçues. A commencer par celle de la réalisation non-simultanée des peintures de Grünewald et des sculptures de Nicolas de Haguenau. Il était jusqu'alors admis que le sculpteur strasbourgeois avait travaillé en 1490, soit 20 ans avant que le peintre n'exécute ses panneaux.
« Aucune preuve convaincante n'était avancée. De telles commandes étaient toujours conçues dans leur globalité, en totale interdépendance entre sculpture et peinture », indique Pantxika De Paepe. Qui ne croit pas non plus à la version d'un Grünewald peignant à Issenheim, le regard hanté par les souffrances des malades frappés du terrible mal des ardents dont se nourrirait sa représentation du Christ en croix.
Très romantique, certes, mais il semble plus probable que Grünewald, travaillant de concert avec Nicolas de Haguenau, ait été accueilli dans l'atelier de ce dernier. Les panneaux du retable sont d'ailleurs en tilleul, très prisé des sculpteurs, quand les peintres privilégiaient l'épicéa. Grünewald se serait simplement servi auprès du sculpteur. Le retable serait donc né à Strasbourg avant d'être acheminé à Issenheim.
Avec 160 oeuvres, la Kunsthalle offre le plateau le plus conséquent, et souligne l'exceptionnelle dramaturgie du corps souffrant propre à Grünewald - Cranach ou Dürer, à côté, semblent fades. « C'est lui qui va le plus loin », observe Pantxika De Paepe. Moins tonitruante, l'exposition colmarienne se révèle émouvante : les dessins préparatoires nous font entrer dans le processus de création du peintre.
« On quitte Grünewald à jamais halluciné », écrivait Huysmans. Il n'y a là, depuis, rien à ajouter.
Serge Hartmann les DNA
Un magnifique catalogue intitulé "Regards sur un chef-d'oeuvre" rédigé par Pantxika De Paepe et Philippe Lorentz a été créé pour l'occasion, j'ai eu le plaisir d'avoir une dédicace très personnelle de la part de l'auteur.
curieusement c'est Lucifer l'ange déchu
qui a été choisi pour la 1e de couv,
cela change des madones de la renaissance
quoique celle de Grünewald soient belles