association de l'art à l'œuvre — blog

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

31 juillet 2008

Ernst Barlach

C'est à Bernau petite ville de la Forêt Noire, proche de Sankt Blasien, au majestueux dome de l'église baroque, au surpenant intérieur immaculé, qui est le troisème d'Europe après Rome et les Invalides de Paris, que ses sculptures sont en résonnances avec les toiles d'Alexander Dettmar, au musée Hans Thomas
Le dialogue entre les sculptures de Barlach et les toiles de Dettmar fonctionne à merveille dans ce musée pentu aux allures de chalet alpin. L'expressionisme allemand (25 bronzes) se marie fort bien avec les toiles contemporaines d'A.D, consacrée à l'architecture. Le peintre voyageur affirme tirer son art de la rue, comme Barlach qui s'en inspirait. Comme sculpteur, il a eu une prédilection pour le bois, matériau simple, dont le travail le rapprochait des tailleurs d'images médiévaux. Ses figures, massives, engoncées dans les lourds plis d'amples vêtements, semblent souvent courbées sous le poids de la conscience tragique de leur misère. Barlach a préféré le bois, taillé avec cette franchise et cette rudesse dont les artistes de la Brücke avaient déjà donné l'exemple La mendiante russe, sous sa cape, ou ce couple aux retrouvailles, le trio qui soutienne le mort, tout un univers puissant et saisissant, rappellent par sa facture son amitié avec Maillol.
L’artiste a réalisé de nombreux monuments aux morts, dont celui du Rathausmarkt à Hambourg en 1931, détruit par décision du Sénat en 1938 comme "Art Dégénéré" -"Entartete Kunst", puis reconstruit.
Au total, près de 400 œuvres de Barlach seront retirées des collections officielles. Beaucoup des sculptures en bronze ou en bois sont fondues ou brûlées. Parmi elles se trouve l’ange "planant" -"der Schwebende", accroché dans l’église de Güstrow, dans le Land de Schleswig-Holstein, où l’artiste vécu jusqu’à sa mort. La petite ville attendra 1953 pour que l’ange, refondu d’après l’original, retrouve sa place dans les airs. A Kiel et Berlin, c’est une copie du "Combattant de l’Esprit" -"der Geisteskämpfer", détruit en 1937, qui veille sur les passants. Des moulages de ces œuvres sont visibles à la maison Ernst Barlach à côté de sculptures originales, non loin de Wedel, sa ville natale.

29 juillet 2008

Balthus à Martigny

Du 16 juin au 23 Novembre 2008
"L'érotisme est dans l'oeil de celui qui regarde" Toutes mes figures féminines sont des Anges"
"Toute chose peinte est une abstraction" Balthus
Pour célébrer son 30ème anniversaire, la Fondation Gianadda commémore le centenaire de la naissance de Balthus par une retrospective de plus de 50 peintures et 75 dessins.
Cette rétrospective réunit les principaux chefs-d’œuvre de Balthus, en provenance des plus grandes collections publiques et privées d’Europe et des Etats-Unis.
A côté des icônes mythiques de la ville, la manifestation invite à une traversée de toutes les périodes et de tous les thèmes de Balthus : portraits, paysages, sans oublier les chats, ni surtout les jeunes nymphes alanguies qui constituent l'ingrédients majeur du "mystère Balthus"
Des lignes courbes, des contours flous, comme du pastel estompé : faussement simples et évanescentes, les toiles de Balthus forment de savantes compositions, en un curieux mélange de classicisme et de modernité. Les codes de la Renaissance, ses constructions rigoureuses – on entrevoit, sur la toile, le quadrillage -, sont au service d'inquiétudes contemporaines, et ces jeunes filles à l'érotisme cent fois débattu, contesté par leur auteur, en sont l'une des clés de voûte. Dans cet accrochage circulaire, les oeuvres, des portraits aux paysages, se répondent et déclinent les variantes d'un même questionnement ; elles convergent vers 'Le Passage du Commerce-Saint-André', centre de cet univers de symboles, scène figée où les acteurs, au regard plus que jamais réduit à une cavité d'ombres, ont moins de consistance que le décor. La toile nous met face à une modernité vidée d'émotions, d'êtres fantômes, absents à eux-mêmes. Tel l'autoportrait ou le regard est absent. Dans les portraits d'adolescentes des corps, raides ou en torsions improbables – cette non-conscience d'érotisme. Sommet de l'ambiguïté : l'érotisme ne se situe peut-être que dans le regard du spectateur...
Le chat de la Méditerranée est absolument magnifique d'humour et d'harmonie de couleurs, attablé, serviette autour du cou, dans chaque main couteau et fourchette, le regard gourmand et narquois, une bouteille de vin entamée, un verre, sur une table de jardin; le chat portant pullover rayé et pantalon beige avec des espadrilles assorties. Il se prépare à déguster le poisson qui se trouve dans son assiette, un phare au loin, une immense crevette sur un plat à côté du chat attend d'être consommée, un petite fille rame dans un bateau au bord. Un arc en ciel rouge, orange, jaune vert, rose, pourpre, bleu dans lequel les poissons volent et terminent l'arc. C'est une enseigne que Balthus avait peinte pour le restaurant la Méditerranée où il venait manger avec ses amis : Eluard, Camus, Malraux ( qui l'avait nommé à la Villa Médicis) Giacometti, Jean Louis Barrault, Albert Skira.
La cour de Ferme à Chassy est conforme aux paysages valaisans que l'on traverse pour se rendre à la Fondation, harmonies de jaunes, verts, bruns.
Ces portraits sont absolument remarquables, comme celui de Laurence B, à la chevelure ondulante, aux yeux clairs (verts ?), au corsage rouge, à la veste brune. le fonds du tableau est brun mordoré, mais aussi celui de Pierre Matisse ou de Pierre Colle, un clair obscur des plus classiques.
Les beaux jours nous montrent un adolescente alanguie, la jambe relevée, l'autre étendue, la robe courte, elle se regarde en coin dans un miroir à main, un bras pendant, dans la cheminée un homme au torse nu attise le feu .....
Il ne faut pas négliger les dessins au fusain, à l'encre de Chine, au crayon, au crayon gras, son autoportrait au fusain ansi que le portrait de Cathy sont de toute beauté. A l'âge de 30 ans il a dessiné trois magnifiques portraits d'enfants au crayon.

27 juillet 2008

Itinéraires 2008 Daniel Dépoutot & Pierre Laurent

Reprenant le thème des mendiants qui vont de portes en portes demander l'aumône, thème peint par Breughel dans la Parabole des Aveugles au XVIe siècle, Daniel Depoutot propose les Mendiants de Depoutot. Des robots animés par un courant électrique sont disposés en cercle dans une cage métallique, cage servant d'abri contre les intempéries. Cette cage à toit en appentis est placée sur le parvis du temple Saint Martin de Barr, dans l'angle du muret bordé d'arbres. Construite en matériaux métalliques récupérés sur les chantiers de démolition, elle rappelle à la fois les abris éphémères des SDF actuels et les abris des reclus du Moyen Age, qui avaient fait vœux de pauvreté et d'humilité afin de vivre à l'imitation de la vie de Jésus en s'installant entre les contreforts des églises.
Il y a 3 ou 4 robots bruyants, grinçants, brinquebalants, hirsutes, grotesques, fantasques, qui évoquent la danse macabre qui recouvrait les murs de nos cimetières à l'automne du Moyen Age. L'installation, placée entre le cimetière, le temple et l'hôtel des impôts serait-elle une porte pour que de nouvelles clefs de compréhension nous traversent et nous éclairent ?...
Aux portes de l'espace et du temps
Construction en bois, pavés et tiges métalliques.
Placée à la frontière du village historique et des nouveaux quartiers du XXe siècle, Pierre Laurent, architecte de formation re-présente le passage entre deux espaces, passage dont nous n'avons pas conscience. Sur la place Karrer, à Barr située dans le prolongement des anciennes fortifications médiévales, se place sa construction composée de pavés suspendus. Ces pierres taillées évoquent à la fois les pavages anciens et les nouveaux lotissements de quartiers péri urbains qui se relient plus ou moins aisément aux vieilles villes. Pierre Laurent travaille sur cette confrontation spatiale et historique en nous invitant à cheminer sous les pavés, lourds et opaques, installés en apesanteur sur des tiges, installation elle même placée sous la voûte des platanes. Clin d'œil au passé ou passage vers l'avenir ? Dans quel espace-temps cherche t-on à nous emmener ? Avec la rencontre et la co-habitation de deux espaces urbains matérialisés par des mobiles suspendus, cette œuvre encourage la libre circulation et nous invite à prendre place sous les installations satellitaires de Pierre Laurent. Départ de l'itinéraire des œuvres situées à Barr, de là, on perçoit la Folie Marco où est placée l'œuvre de Christophe Auriac et le clocher du temple Saint Martin auprès duquel sont placés les mendiants de Depoutot
vidéo de l'auteur texte - Catherine Koenig

26 juillet 2008

Itinéraires Yves Siffer

Porte-à-faux
Plaque de verre sur porte, 179 x 79 cm
Le somptueux et mystérieux escalier de velours rouge d'Yves Siffer nous invite à entrer dans son univers de verre. Par transparence cette nouvelle porte laisse deviner une autre porte, plus ancienne, cachée à l'arrière et toutes deux promettent de révéler un monde qui ne demande qu'à être découvert. Le spectateur, face à cette œuvre est encore sur le seuil, témoin du passage de l'escalier de l'architecture réelle à celle plus fictive prolongée par l'imposant motif peint faisant contraste avec une simple maison de village. Placée à la hauteur de notre regard, la porte nous projette au-delà de l'œuvre et interroge notre imaginaire. Yves Siffer, plasticien qui revisite la technique de la peinture sous verre, a choisi de travailler l'image d'une porte en y introduisant un décalage, comme un porte-à-faux qui déplace le regard du spectateur de l'imitation en trompe l'œil au sens symbolique de la re-présentation.
L'artiste a choisi d'installer son œuvre à Bernarvillé pour son engagement en faveur de la sauvegarde et la valorisation du chemin de croix peint en 1832 par Anna Maria Rieffel. Ce cycle de 15 stations sous verre avait été placé dans la chapelle du Baumgarten à Bernarvillé et a été décroché au début des années soixante-dix. Ce chemin de croix étant un ensemble exceptionnel tant pour sa qualité picturale et artistique que pour sa taille, Yves Siffer s'est battu pendant plus de 35 ans afin de réussir à l'inscrire à l'inventaire des monuments historiques, à le faire restaurer à Paris puis à le faire placer au musée Unterlinden de Colmar. C'est là un cas exemplaire qui associe patrimoine populaire et création contemporaine.
photo et vidéo de l'auteur - texte Catherine Koenig

25 juillet 2008

Itinéraires 2008 Nicolas Cochard

Porte photosensible
Photogrammes, porte de bois
    C'est à Bernardvillé, dans le préau de la cour de l'école, une porte de bois, une simple porte d'une ancienne porcherie. Petite, frustre, sans apprêt, elle conserve les traces de son utilité. Nicolas Cochard en a tiré trois photogrammes en plaçant directement la porte sur du papier photographique, papier sensible à la lumière. L'empreinte a été fixée mais elle conserve la fragilité du papier sensible. Se met en scène un jeu entre le modèle et son empreinte qui le reproduit sans l'imiter. Les passages d'un photogramme à l'autre montrent des modifications subtiles, révélant combien l'empreinte suit les matérialités physiques sans jamais être une copie servile. De la question de la porte comme support visible et opaque, à la matérialité singulière.
    photo et vidéo de l'auteur - texte Catherine Koenig

    Itinéraires 2008 Laurent Gongora et Marion Robert

    La porte d'orée
    A la lisière des bois du Hohwald Marion Robert et Laurent Gongora déroulent non pas le tapis rouge mais leur porte de branches d'arbre. Porte d'orée sans strass ni paillettes qui ne viennent perturber l'équilibre verdoyant. Entre un séquoia et un sapin, se matérialise la porte de la forêt au moyen d'un rideau de scène. Les deux artistes jouent avec un objet familier de nos intérieurs et l'intègrent à un lieu où sa fonction ne se soumet pas à la contrainte de l'utilité. Cette porte persienne ne bouche pas la vue, elle honore le visiteur. Elle l'invite à entrer dans l'antre sylvestre, pour s'y retirer physiquement ou s'isoler mentalement. Mais elle encadre aussi le paysage qui se déploie en contrebas de l'installation comme un rideau qui s'ouvre vers la forêt ou vers le village en un recto verso où les branches superposées horizontalement forment comme une échelle en apesanteur.
    photos et vidéos de l'auteur - texte Catherine Koenig

    Itinéraires 2008 Olivier de Sépibus

    La porte de pierre
    est un mur de pierre, schistes gréseux et granites,
    120 cm d'épaisseur, 4m de long
    Olivier de Sépibus, plasticien vivant dans les Hautes Alpes travaille avec des matériaux qu'il recherche sur place. Il a choisi de construire une porte de pierre,
    composée de schistes et de granites. En cherchant des pierres dans la forêt, il s'est lentement approprié le site.
    Une exploration pédestre, lente, suivant les sentiers ou les routes forestières. Aidé par les gardes chasses et les ouvriers communaux, l'artiste plasticien a placé une porte de pierre qui s'ouvrira sur un nouveau sentier conduisant à l'arboretum du Hohwald. Ce mur reprend les techniques des murs
    de pierres sèches que l'on utilisait pour les limites de pâtures. Mais c'est aussi un lien avec le mur païen situé autour du Mont sainte Odile,> mur composé de pierres de plusieurs kilomètres de long, enceinte mégalithique forméde plus de 300 000 blocs cyclopéens qui pourrait dater de plusieurs siècles avant notre ère. Un miroir placé à l'intérieur de part et d'autre du mur, permet une amusante, met aussi déroutante et intrigante mise en abyme.
    Dans son œuvre construite lors de sa résidence au Hohwald, Olivier de Sépibus nous invite à parcourir du regard le site qui s'ouvre sous nos yeux mais aussi, de manière dynamique, à traverser la porte de pierre pour cheminer sur les sentiers vosgiens. En arrière de la trouée est placée la porte elle même, construction de pierres qui s'inscrit dans un cube de 120 cm. Parallélépipède opaque et massif qui tranche avec la trouée lumineuse dont le cube semble avoir été déplacé du mur.
    photos et vidéos de l'auteur - texte Catherine Koenig

    24 juillet 2008

    Une heure une oeuvre à Mittelbergheim

    Dimanche 27 juillet de 17 à 18 heures aura lieu l'animation
    "une heure, une oeuvre"
    avec Claudie et Francis Hunzinger et Jean Pierre Rietsch, vigneron à Mittelbergheim. Ils parleront de la vigne, du vin, des goûts du terroir, de la terre, des couleurs de celle-ci, du lent et prodigieux travail réalisés par les artistes plasticiens pour les extraire. Cette rencontre est ouverte à tous, est gratuite, et aura lieu devant le moulin à huile de Mittelbergheim, 35 grand'rue. Dans la limite des places disponibles.
    vidéo de l'auteur
    Free Image Hosting at www.ImageShack.us
    clic sur l'image pour consulter le programme des conférences

    20 juillet 2008

    Itinéraires 2008 Gauthier Sibillat

    L'Auvent
    L'artiste a choisi de placer ses trois photographies en hauteur sur un transformateur EDF situé à Mittelbergheim, dans la ruelle de Barr, non loin de l'huilerie où est exposée l'œuvre de Claudie et Francis Hunzinger et du temple protestant St Etienne où est exposée l'œuvre de Robert Stephan.
    Il détourne ce bâtiment fonctionnel et le transforme en espace d'exposition: la tour quadrangulaire présente une photographie par face, le spectateur découvre chacune d'entre-elles en faisant le tour de l'architecture.
    Placées sur un chemin de vignes, les images, présentant des vues de pavillons contemporains, font écho aux nouveaux quartiers du village. Figé dans une solitude contemplative, en position d'attente improbable, un personnage se tient debout sur l'auvent de ces maisons. Mais quelle est cette figure étrange située en porte-à-faux, qui semble avoir usurpé la place d'une statue d'acrotère? Par cette simple mise en scène l'artiste travaille les potentialités de fiction de notre environnement direct et perturbe des espaces qui nous sont pourtant familiers. Grâce à un principe d'autosimilarité le photographe réalise une mise en abîme du spectateur qui lève les yeux vers une troublante figure d'orant, levant elle-même la tête vers le ciel.
    photos et vidéos de l'auteur - texte Catherine Koenig

    13 juillet 2008

    Itinéraires 2008 Christophe Auriac

    Une porte est un objet symbolique qui évoque un passage, le moment ou l'on doit renoncer à quelque chose pour venir au monde, pour grandir, pour quitter l'enfance, l'adolescence, pour changer de métier ou pour accéder à la retraite - ou pour quitter la vie tout simplement... Ces moments où l'on se tourne vers les autres sont aussi des moments qui sont traversés de doutes et d'hésitations. Que vais-je trouver, qui ou que vais-je devenir ? Ai-je fait le bon choix ? Ne pourrais-je jamais revenir en arrière ?
    Ces instants de réflexion s'égarent au vent de l'oubli, emportés par les choses à faire, l'urgent côtoyant l'obligatoire. Christophe Auriac nous propose de faire une pause. De prendre un bout de papier et d'y écrire les questions, les pensées qui se sont envolées, d'écrire pour soi, à soi-même. Laissés anonymes, ces écrits vont sédimenter dans la boîte qui s'ouvrira lors de rendez vous ponctuels.
    Découverte, lecture, échange, accrochage, ces mots reprendront vie le temps d'un regard posé sur eux
    ...
    texte Catherine Koenig
    Dans le parc de la Folie Marco à Barr, apaisant, fleuri, verdoyant, la porte rouge avec sa fente faisant office de boîte aux lettres, me tenta. J'y ai glissé mon mot, qui n'était ni de renoncement, ni d'hésitation, il serait un peu tard pour m'interroger sur mes choix de vie ...j'y ai mentionné mes désirs de découverte d'horizons inconnus..... malgré tous ces thèmes évoqués pendant Itinéraires, de positif, de négatif, de vie, de mort, dans l'immédiat cela ne me préoccupe pas plus que ça.
    photos et vidéos de l'auteur

    11 juillet 2008

    Itinéraires 2008 Claudie et Francis Hunzinger

    Portes de la Terre
    Au sens étymologique, la porte veut dire seuil ou passage. Claudie et Francis Hunzinger vont ouvrir les portes de la terre, pour chercher et rendre visibles les couleurs des sols géologiques de trois grands crus, le Kastelberg et le Wiebelsberg d'Andlau et le Zotzenberg de Mittelbergheim. Chaque terre a sa couleur propre, que l'on peut extraire par tamisage, broyage, lavage et décantation. On obtient le pigment pur de la terre, pigment que l'on peut mélanger à un liant pour qu'il devienne peinture.
    Prélevés dans les vignes, les terres et minéraux qui composent le terroir des grands crus seront transformés en pigments, qui recouvriront de leur couleur des piquets de vigne. Ces poteaux de bois taillés en pointes seront placés dans l'huilerie qui s'ouvrira sur les couleurs de la terre. Sur le seuil du bâtiment, seront écrits les composantes géologiques formant une bande de signes au sol. Par le jeu des couleurs de la terre, par l'écriture des composés géologiques de la terre, on pénètre dans l'intimité de la terre, dans le sol qui nous porte et nous nourrit avant de se refermer sur notre enveloppe de chair... Mais apparaît aussi quelque chose de plus impalpable,dans ces couleurs de la terre qui sont aussi tellement semblables aux goûts du vin. Chaque terroir présente des spécificités qui se révèlent aussi à la dégustations des vins. Ici et là se retrouvent les odeurs, la profondeur ou l'acidité, le velours ou les arômes de fruits d'un cru renommé. Il se produit alors un phénomène étrange ou goût, odorat et vision communiquent et s'épaulent l'un et l'autre à l'écoute d'une culture si liée à la nature...
    Ici, le thème de la porte est réduit à l'essentiel : un seuil. Et l'œuvre à première vue semble, elle, s'être réduite à du langage : les noms de trois grands crus et l'énumération, à l'entrée d'un moulin à huile ouvert sur les vignes. Sauf que ce seuil de mots sert de lien. De lien avec le dehors : un itinéraire à travers les vignes balisé de notices indiquant la présence de telle ou telle composante géologique. Et de lien avec le dedans : l'intérieur du moulin à huile où ont été dressés des piquets de vigne, semblables à des crayons de couleur géants, peints à partir des pigments issus des terres et des cailloux inventoriés dans les vignes et notés au sol du seuil.
    photos et vidéos de l'auteur - texte Catherine Koenig

    10 juillet 2008

    Itinéraires 2008 Angela Murr

    La porte de l'Eau
    Sous la voûte de tilleuls, dans le parc des Missions Africaines de Saint Pierre, sont placées les portes de l'eau d'Angela Murr. Des poches d'eau sont fixées sous les branches, en apesanteur, elles forment une loupe à travers lesquelles on peut observer de très petites photos sérigraphiées sur une plaque de Plexiglas. Sur cette plaque se dessine une arborescence et le cheminement de la rivière de l'Andlau. Elle prend sa source au Hohwald, passe par Andlau, traverse Saint Pierre. Suivant la route de l'eau, Angela Murr a pris des photos d'eau, de sources, de rivières, de fontaines. L'eau forme des chemins souterrains qui affleurent à la surface, des rivières qui tracent leur lit, des fontaines qui animent les places. Elle resurgit aussi dans la légende de Sainte Odile par une source miraculeuse qui a guérit les yeux de la petite aveugle, fille du duc d'Alsace, légende que l'on peut jouer à retrouver dans l'œuvre d'Angela Murr. Selon l'heure de la journée où l'endroit où l'on se place les sacs sont tantôt blanc, brillant comme un bijou au soleil, ou d'un vert aigue marine, lorsque les branches des tilleuls se reflètent dedans. C'est absolument féérique.
    photos et viédos de l'auteur - texte Catherine Koenig en grande partie

    Fernand Léger - Paris - New York



    Montrer les filiations et les influences entre artistes est une des forces de la Fondation Beyeler de Riehen. Il y a eu «Cézanne et la modernité» en 1999, ou encore «Francis Bacon et la tradition de l'art» en 2004.
    Cette année, c'est Fernand Léger (1881-1955) qui fait l'objet de regards parallèles. Si ses liens avec les Etats-Unis étaient déjà connus, c'est la première fois que cette «American Connection» est au centre d'une recherche, se félicite Philippe Büttner, commissaire d'exposition.
    Avant d'entrer dans ce dialogue pictural entre œuvres, l'exposition, chronologique, s'ouvre sur la jeunesse cubiste de Fernand Léger. «La femme en bleu», de 1912, marque la touche Léger: contrairement aux autres cubistes, Léger ne réfrène pas sa palette de couleurs. Le bleu est vif et somptueux. D'entrée je suis conquise, alors que les tubes, cylindres et autres cyclistes ne m'attiraient pas plus que ça jusqu'à présent.
    La femme en bleu, 1912
    La dimension « américaine » du travail de Léger constitue un second point de vue privilégié ; cet artiste s'est rendu à plusieurs reprises aux États-Unis dont, pour la dernière fois, dans les années 1940-1945, lors de son exil new yorkais. Impressionné par cet immense pays, par son architecture, son dynamisme et sa modernité, il y a réalisé des œuvres majeures et notamment des peintures murales, aujourd'hui en partie détachées. Cet opus americanum est traité avec une attention particulière.
    Cette même attention est portée à une seconde facette américaine de sa création : à l'instar de Picasso et de Matisse, Léger a en effet exercé à travers son œuvre une influence peu commune sur l'art américain. Cette exposition explore pour la première fois ce phénomène passionnant, à travers la présentation d'une série d'œuvres majeures d'artistes américains. On peut citer en premier lieu
    Roy Lichtenstein Stepping Out
    Roy Lichtenstein et Ellsworth Kelly: Lichtenstein ne s'est pas contenté de citer des motifs de Léger, il s'est approché de façon plus générale de son style pictural délibérément « impersonnel ». Dans le cas de Kelly, ses « shaped canvases » - des formes colorées devenues peintures - parachèvent une évolution déjà amorcée par les surfaces chromatiques suspendues des compositions crées par Léger au début des années 1910 (Contraste de formes). Afin d'éclairer visuellement ces affinités, cette exposition rassemble dans des salles distinctes des œuvres de Lichtenstein et de Kelly et des travaux de Léger.
    Contrastant avec les formes géométriques colorées, les figures humaines, presque toujours en groupe, sont statiques et peintes en grisailles, donnant l'illusion de blocs. Les membres des figures semblent être détachables, comme les pièces de machines.
    Mais le mouvement le fascine. Danseurs,
    Hommage à la Danse 1926
    plongeurs
    Les grands plongeurs noirs, 1944
    et, plus tard, cyclistes, reviennent souvent au fil des années.
      Jasper Johns - Green Angel, 1990
      Si l'on observe côte à côte les grands plongeurs noirs de Léger et Green Angel de Jasper Johns on relève dans les 2 oeuvres un empilement de silhouettes et de contours colorés. L'exposition présente ainsi l'impressionnante fresque murale «Les plongeurs» (1943). Aujourd'hui propriété du Museum Ludwig de Cologne, la fresque a été peinte pour la maison de l'architecte Wallace K. Harrison à Long Island. Conçue pour être colorée, elle est finalement restée en noir et blanc, ce qui lui permet de révéler la fluidité des formes en adéquation parfaite avec le sujet.
      Pour commenter sa toile «Adieu New York», il écrira: [aux Etats-Unis], «on jette tout plutôt que de réparer. Alors, voyez ici, il y a des morceaux de ferraille, des bras de machine et même des cravates. Ce que j'aimais là-bas, c'était faire des toiles éclatantes avec tout cela.»
      capture télé, Arte, photos catalogue de l'exposition

      07 juillet 2008

      Some Magical Clangs

      Dernière ligne droite au CRAC jusqu'au 14 septembre.
      The Yellow Mountain
      Courtesy Peter Blum Chelsea, New York & Tim Van Laere Gallery, AnversLa vidéo
      The Yellow Moutain projetée sur un écran suspendu verticalement, telle une estampe déroulée emprunte à l’imagerie et à la musique traditionnelles chinoises pour les détourner : l’image cliché du lever de soleil sur la montagne que le spectateur admire au début de la vidéo est rapidement remise en cause par le changement inattendu de direction que prend « le soleil ». Par ce simple procédé d’inversion, l’artiste nous invite à nous interroger sur les images stéréotypes qu’on se fait de l’Orient et la pertinence de notre angle de vue sur le monde.
      Au travers d’une trentaine d’œuvres, regroupant vidéos, installations, sculptures et photographies, Su-Mei Tse et Virginie Yassef dressent leur état des lieux du monde. Tantôt graves, tantôt oniriques, toujours poétiques, les deux univers pointent, chacun à leur manière, les distorsions et les non-sens, les surprises et les aspérités qui jalonnent le quotidien. Quand Su-Mei Tse expérimente un langage qui se veut universel, à la croisée entre le gestuel, le sonore et le cinématographique, Virginie Yassef transforme les éléments de la réalité en objets ou scénarios merveilleux.
      L’ensemble de l’exposition alterne des espaces conçus pour une seule œuvre et d’autres où les œuvres des deux artistes se mêlent et se répondent. Elle est l’occasion de découvrir des pièces nouvelles, dont certaines ont été spécialement conçues en fonction de l’exposition et du lieu. Ainsi, Su-Mei Tse imagine des pièces pour les escaliers. Virginie Yassef retrouve quant à elle dans l’un des murs du CRAC la trace d’un animal préhistorique...
      Sumy, casque à coquillages que Su-Mei Tse a réalisé
      L’apprentissage de toute forme d’expression artistique est soumis à la contrainte du geste, la rigidité, la maîtrise durement acquise du mouvement pour arriver à un certain degré de perfection. Dans la vidéo La Marionnette, l’artiste joue du violoncelle, rattachée à des fils qui contredisent ses mouvements. Lors du montage, Su-Mei Tse, n’a gardé que les erreurs pour en faire une composition. Tel un pantin, ses gestes maladroits créent une nouvelle rythmique, saccadée, presque burlesque. L’artiste pose ici avec humour la question de savoir si un apprentissage soumis et rigoureux est le mal nécessaire pour accéder à la juste expression, au ‘Grand Art’. Le violoncelliste vous fait un clin d'oeil dès l'entrée.
      Le musicien autiste
      Courtesy de l'artiste et AD Gallery, Athènes
      La marionette
      Courtesy Beaumontpublic, Luxembourg
      Le grand rocher de Passe-Apache est en réalité la reproduction, à la taille d’un univers de géants, d’un petit caillou ramassé par l’artiste sur un chantier de Pékin. Sculpture-fiction située à mi-chemin entre décor de cinéma et vraie montagne, Passe-Apache transforme la morphologie du lieu où elle prend place. De prime abord, elle l’obstrue, le rapetisse. Mais, il suffit d’une simple pression sur l’un des côtés du rocher pour que celui-ci pivote sur son axe et ouvre un passage secret : le visiteur accède alors, comme par magie, au reste des salles et de l’exposition! Traversée vers un ailleurs mystérieux, Passe-Apache donne ainsi au spectateur la possibilité de devenir acteur de l’exposition et d’appréhender physiquement l’œuvre d’art et le lieu dans lequel elle prend place.
      Dans l’auditorium, les artistes ont imaginé ensemble une séance visuelle et sonore regroupant des extraits de films, d’enregistrements, de documentaires, qui prolongent leur dialogue par une ouverture polyphonique sur d’autres artistes, d’autres formes et d’autres univers.

      04 juillet 2008

      Itinéraires 2008 Robert Stephan

      Porte de l'ossuaire
      Lieux : Mittelbergheim, parvis du temple protestant Saint Etienne
      Pour Robert Stephan, sculpteur plasticien habitant Kertzfeld, la porte est un passage qui lui permet de rejouer avec une thématique qu'il avait déjà abordé dans les années soixante-dix. Deux carrés surmontés d'un demi cercle surbaissé dessinent une forme simple, évidente, lisible mais à la signification profonde. Dans l'ossuaire du temple Saint Etienne de Mittelbergheim, sont entreposées des pierres, l'une d'entre elle fut une pierre tombale ayant recouvert la sépulture de l'intendant du comte d'Andlau au XVIIe siècle. Cette pierre a la forme de la porte dessinée par Robert Stephan. Curieusement l'épaisseur des murs est la même que la largueur de la porte.
      Dans la forêt voisine pourrissait un chêne abattu par la foudre. Offert à l'artiste par les propriétaires, celui-ci a choisi de reprendre la forme de cette porte minérale dans le bois de chêne, pour passer du minéral à un végétal ligneux, du monolithe à des formes modulaires qui vont se superposer pour reprendre la forme de cette porte symbolique. Porte du tombeau, elle est aussi une porte qui vient d'un chêne ayant poussé dans la forêt proche. Passages symboliques de la forêt à une place villageoise, d'un minéral à un végétal, d'une sépulture à une sculpture, d'un lieu de culte à un lieu de culture qui nous ouvrent aux sens multiples et polysémiques d'une œuvre qui se déploie dans l'espace de la place non loin de l'œuvre de Claudie et Francis Hunzinger.
      photos et vidéos de l'auteur - texte de Catherine Koenig
      photos 1 & 2 claude Stoos
      Robert Stephan a associé les petits élèves des écoles à ses travaux, les collages et découpages en montrent le résultat. Il leur a demandé de dessiner des personnages qui passeraient la porte de l'école (la petite porte noire à leur taille symbolisant celle-ci). Il a agrandi ces dessins, en a fait des découpages de toutes les couleurs et leur a demandé de les coller sur leur porte. Tout en ayant été professeur d'arts plastiques, Robert Stephan, avoue qu'il n'arriverait pas à dessiner de cette manière si pure et si belle, ayant perdu sa nature d'enfant quelque peu ....
      Ce dimanche 3 août dans le cadre "d'une heure, une oeuvre" Robert Stephan a conté à un public nombreux et attentif son idée créatrice, Il a invité et convaincu l'assistance d'imiter les enfants et de coller sur une nouvelle porte noire, soit leur empreinte "d'homme de Cromagnon" ou selon leur fantaisie, d'écrire leurs pensées mais de les exprimer par collage sur le dit mur.
      Question facile ....Qui reconnait ma main ?
      photos vidéos et dernier texte de l'auteur