association de l'art à l'œuvre — blog

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22 octobre 2008

Waoohhhh !

Une fois encore, le Crac étonne par son choix diversifié, étonnant, détonnant. A nouveau, l’équipe de Sophie Kaplan a réussi son pari de réunir des talents à l’imagination plus que fertile. Dans le 1er volet de « Waoohhh, Le merveilleux dans l’art contemporain », treize artistes de la scène internationale proposent leur vision de notre société et nous plongent dans leur monde singulier rempli de rêves et de science-fiction. Si les locaux du Crac ont subi une grande rénovation, en entrant, à peine franchi les quelques marches, le spectateur se dit que les travaux sont loin d’être achevés. En lieu et place du bureau d’accueil, sur un amas de gravier et de terre des centaines d'araignées lumineuses tentent de gravir le monticule. À y regarder de plus près, c’est d’une œuvre dont il s’agit : « Araignées ». Celle d’un jeune Suisse, Vincent Kohler qui, du haut de ses 21 ans, se fait un malin plaisir à surprendre. Il met en scène un curieuse montagne, plutôt un rocher fumant, grondant, un volcan en phase menaçante, portant bien son titre inquiétant de rocher du diable.
L’Anglaise Zoë Mendelson a recréé une salle de classe. « La cyclo teacher », une fresque avec des éléments hétéroclites et des pupitres en carton.
En arrivant au premier étage, le titre de l'exposition vous apparaît de façon lumineuse, " Waoohhh" devant un gigantesque haricot vert jubilatoire, une exubérance qui envahit la grande salle, dévore l’espace. Son auteur, le Portugais João Pedro Vale, est influencé par les contes de fées,mais c'est aussi une avant première de la Forêt Enchantée d’Altkirch.
    Gaëlle Hippolyte et Lina Hentgen ont dessiné à quatre mains des œuvres fantastico-loufoques qui répondent aux sculptures de Johnston Foster qui a l’art de recycler nos déchets en nous interpellant sur notre société de consommation, corne d'abondance d'où dégouline un amas hétéroclyte, telle une nature morte. Ou encore une autre compostion faite de club de golf surmontée d'un oiseau peut-être cible du chasseur "Rangerdanger"
    Stéphane Thidet de retour au Crac, mais aussi présent à la FIAC, dessine sur un billard une montagne lieu d’une très haute valeur symbolique inaccessible au commun des mortels et pourtant si poétique. Une sorte de quête d’un ailleurs. Il nous précise
    "le titre pourrait théoriquement exister au milieu de cette table"
    Le facétieux Pierrick Sorin réalise des courts-métrages et des dispositifs visuels dans lesquels il questionne avec humour et désespoir, tel un leitmotiv sous-jacent, la condition humaine, la place et le rôle de l’artiste ainsi que le processus créatif. Pour se faire, il adopte une démarche intellectuelle et humoristique à la croisée de la magie et du burlesque. Il n’a de cesse de manipuler les codes de l’audiovisuel et de détourner les stéréotypes. Acteur principal de ses oeuvres, il investit le rôle de l’antihéros dans des situations absurdes et facétieuses, autant de clins d’oeil aux illustres Buster Keaton, Jacques Tati et, plus récemment, Mister Bean. S’inscrivant dans l’héritage d’Emile Raynaud, Pierrick Sorin réinvente avec fantaisie les Petits théâtres optiques, où, à l’image des hologrammes, des personnages filmés évoluent dans de vrais décors et des objets réels.
      Juste pour vous donner envie de voir la suite...
    Son DJ vaut son pesant de dérision.
    Entre contes et mythes, nouvelles technologies et science-fiction, l’oeuvre de Nicolas Darrot dessine les contours d’un monde imaginaire peuplé de chimères et d’automates. Dans cette « fantaisie » à la fois ludique et poétique, l’artiste raconte l’histoire de métamorphoses impossibles et explore une réalité ambiguë, nourrie par un imaginaire où se côtoient différents univers. Le Cerf Macroterminitae, subtile référence à l’imagerie religieuse médiévale du Christ en croix, est un automate dissimulé sous un voile qui, dans un enchaînement de mouvements mécaniques, se dresse peu à peu, jusqu’à pouvoir entièrement tourner la tête vers le ciel. Le merveilleux à l’œuvre dans la pièce de Darrot se rapproche de la conception médiévale, où la merveille relève indifféremment du miracle chrétien, de la magie ou de la mécanique et où l’art de l’enchanteur et celui de l’ingénieur sont mal différenciés.
    Alice Anderson Dans ses films comme dans ses photographies, l’artiste franco-anglaise Alice Anderson revisite et invente des contes fantasmagoriques à la frontière entre réel et imaginaire, perversité et innocence, rêve et cauchemar. À travers ses histoires merveilleuses dont les hommes sont le plus souvent absents, elle décrit la cruauté des relations mère fille et interroge l’identité féminine. Les « contes freudiens » d’Alice sont des miroirs déformants qui reflètent les images multiples de ses héroïnes, d’elle-même et de chacun d’entre nous. Ses oeuvres révèlent la dualité essentielle du conte : derrière la fantaisie et le jeu se cache une réalité amère » (d’après Maud Jacquin). Dans la vidéo Bluebeard, Barbe Bleue est une femme. Elle habite seule dans une grande demeure. Un jour, une mère et son jeune fils (l’interprète est féminine) frappent à la porte. Barbe bleue les accueille. La fable qui se déroule alors est la scène où se nouent et dénouent de troubles relations entre les trois protagonistes. Une autre photographie évoque Peter Pan.
    Jouant de contrastes et d’oxymores, Christian Gonzenbach explore un univers qui se situe à la frontière du poétique et de l’effrayant, du quotidien et de l’extraordinaire, et où, peu à peu, tout semble changer de sens. Dans Waoohhh!, à l’instar des trophées de chasse, Christian Gonzenbach accroche aux murs ses Ordinary Tales, peaux de lapin gravées au laser. Entre tragédie et ironie, les Ordinary Tales narrent les aventures du Lapin Géant, issues de contes et légendes populaires et d’imageries collectives largement réinterprétés. Ainsi, en King-Kong, chassé par Diane, crée par Frankenstein ou encore terrassé par Saint-Georges, le lapin s’approprie différents rôles, à la fois drôles et sordides, qui l’inscrivent dans un cycle de vie et de mort.
    Les caniches géants de Michel Blazy avec leur pelage en mousse à raser semblent être fascinés par les bêtes terrestres et aquatiques de Bruno Pelassy qu’un simple son rend à la vie, au grand plaisir des tout petits.
    Fiers Caniches éphémères qui demandent un toilettage et une surveillance quasi quotidienne à la dynamique équipe du Crac.
    photos et vidéos de l'auteur
    la vidéo d'Alsatic

    17 octobre 2008

    Julio Galeote Inside, out

    À la manière de Georges Perec qui interroge le quotidien pour atteindre l’universel, cet artiste s'est confronté à nos "espèces d’espaces".
    Julio Galeote Inside, out
    Jeune photographe de la nouvelle scène artistique espagnole, membre du Grupo 594, Julio Galeote vit et travaille à Madrid. Après une formation d’ingénieur en électricité, puis des études dans une école d’art, il choisit dans un premier temps de mener de front les deux activités. Depuis peu, il se consacre uniquement à son travail photographique. L’exposition à La Filature de Mulhouse sera sa première exposition en France.
    Avec la série Inside, Out, Julio Galeote mène une expérience photographique tout à fait singulière. Par une démarche qui relève à la fois du travail "classique" de photographe de studio et de l’installation proche de l'art contemporain, Julio Galeote révèle la manière dont nous marquons nos espaces, qu'ils relèvent du domaine privé ou de la sphère du travail. Pour mettre en œuvre cette approche, le photographe a fait réaliser un cube en plexiglas dans lequel il organise, de manière méticuleuse et précise, l’agencement de tous les objets présents dans la portion d'espace qu'il souhaite saisir. Cette "réorganisation" par l’artiste du rapport qu’entretiennent entre eux des objets déposés par l’occupant prend alors la forme d’une "sculpture" d’objet, mais aussi d'un tableau dans le tableau. La vue de certains tableaux de l'exposition actuelle du Kunstmuseum de Bâle , avec les cartouches, me font penser au cube, qui n'est pas carré .... de Juilio Galeote. L’opération terminée, il place la boîte au centre de l'espace pour en réaliser une photographie qui capte à la fois cette boîte et l’espace environnant. Ainsi, lorsqu'il photographie une bibliothèque, il range le contenu de cette bibliothèque dans la boîte transparente et photographie cette même boîte avec les livres qu'elle contient devant le meuble vidé de son contenu. À sa manière ludique et esthétique, Julio Galeote nous invite à une réflexion sur notre façon de nous approprier "nos espaces" et de marquer "notre territoire". Il nous donne à voir ce qu’est l’espace dans une sorte de "neutralité" avant son appropriation, mais aussi, par les éléments de cette appropriation, une sorte de carte d’identité, composée d’une constellation d’objets, sur l’occupant des lieux. Sa technique de photographie à l'argentique, rappelle celle de Patrick Bally Maître Grand , elle en possède la chaleur, tout en procédent d'une réflexion totalement différente dans son approche du sujet choisi. La perfection est tout aussi présente que chez Andreas Gursky, mais avec des sujets de notre environnement sociétale et sans la froideur plastique de celui-ci.
    Une partie de ce travail a été réalisée à Mulhouse lors d’une résidence en décembre 2007 (Musée de l'Impression sur étoffes, l'usine DMC, la salle de répétition de l'Orchestre Symphonique de Mulhouse.
    Jusqu'au 16 novembre 2008
    photos et vidéos de l'auteur

    12 octobre 2008

    Daniel Firman

    La Grande Couronne
    Oeuvre majeure de l’exposition de Daniel Firman à ARTE, La grande couronne a été spécialement créée en 2008 pour les Ateliers de Rennes / Biennale d’art contemporain, où elle a été présentée au Couvent des Jacobins, lieu des fiançailles historiques d’Anne de Bretagne et de Charles VIII en 1491.
    Daniel Firman évoque ainsi l'alliance du Duché de Bretagne et du Royaume de France, un événement majeur dont les conséquences économiques et politiques ont davantage marqué l’histoire collective que l’intimité des deux souverains.
    Monumentale chorégraphie de personnages, La grande couronne évoque ainsi un développement collectif et se compose de cinq fois trois personnages en résine, disposés en trois strates. Comme toujours chez Daniel Firman, la figure est traitée sur un mode réaliste.
    Chacun dans une posture différente, arc-boutés les uns sur les autres dans un surprenant équilibre, les personnages apparaissent masqués et portent des vêtements blancs contemporains, renvoyant aussi bien à l'achromie du mariage qu’à une considération sociale actuelle sur les nouveaux territoires apparus au cours de l’urbanisation récente.
    Daniel Firman pense ainsi chacune de ses sculptures comme un
    « environnement-système » faisant dialoguer les idées et les formes. Il envisage le corps humain comme l’interface de l’individu avec le monde, comme le vecteur de la présence et de l’action de l’individu dans un univers à la fois banal et en transformation.
    Daniel Firman est né en 1966 à Bron, France. Après des études aux Beaux-arts de Saint-Etienne et d’Angoulême, il s’intéresse de près à la sculpture conventionnelle. A partir de 1998, il se tourne vers un langage formel unique en son genre. Ses oeuvres font régulièrement l’objet de nombreuses expositions personnelles et collectives, en France et à l’étranger. Daniel Firman vit et travaille aujourd’hui à Paris
    L’intérêt de Daniel Firman pour la physique et l’énergie des corps, pour le mouvement et son rapport à l’espace se traduit par un travail de sculpture au centre duquel la figure revient de manière récurrente. Envisagée à chaque fois comme un « personnage », prise dans un élan chorégraphique et narratif, la figure est traitée sur un mode réaliste qui incite le spectateur autant à se projeter dans l’oeuvre qu’à s’en tenir à distance. Chargés d’objets quotidiens, entravés par leurs vêtements, simplement arrêtés ou encore en équilibre dans l’espace, ces personnages grandeur nature traduisent des situations physiques et morales parfois déroutantes et excessives, à même de transformer la perception d’un lieu. Alliant hasard et conception, corps et esprit, suspens du temps et mouvement, ses oeuvres sont conçues à partir de techniques et de processus divers : performance, moulage, photographie, image électronique, construction ou encore recyclage…
    vidéo 1 de l'auteur

    03 octobre 2008

    François Morellet raison et dérision

    Au Musée Würth, Estein jusqu'au 3 février 2009
    Depuis les années 1950, François Morellet élabore un art géométrique, systématique généré par des systèmes de combinaisons de formes : superposition, fragmentation, juxtaposition, interférence. Dès les années 60, s’inspirant de Sophie Trauber-Arp et de Jean Arp, il introduit le hasard dans ses systèmes, en tant que facteur perturbateur. Il rejoint le groupe G.R.A.V. (groupe de recherche d’art visuel) dont il est l’un des créateurs et qui a fait sensation avec ses installations interactives.( « Labyrinthe »).
    Hasard, absurdité, ambivalence, humour, parodie, jeux de mots, voilà l’univers de François Morellet, où il se meut avec délectation. Ce jeune homme de 82 ans, derrière la rigueur de la géométrie, parodie, assemble, force néon, bandes adhésives noires, peinture, bois, miroir et toile. Morellet procède comme Duchamp, ne s’intéressant pas à l’œuvre mais au geste par lequel il exprime sa propre dérision.
    « J ‘aime bien Duchamp quand il fait n’importe quoi, en montrant bien que c’était n’importe quoi. J’aime bien cette distance qu’il a mise entre lui et ce qu’il a fait, laissant les spectateurs libres de déballer leurs propres et géniaux piques-niques »
    Il reste malgré tout fidèle à l’art géométrique et systématique. Ses oeuvres ne véhiculent pas d’emblée leur ambiguité, elle n’est dévoilée qu’après l’assimilation d’informations données par FM, le titre, le contexte. 40 oeuvres créées entre 1960 et 2008 de sa propre collection, ainsi que celles issues de la collection Würth et des prêts d’autres collectionneurs constituent cette exposition.
    Ces œuvres portent des titres aux noms évocateurs, comme : Relâche, Débandade, Lamentable, Strip-teasing etc… Des œuvres de dix autres artistes mettent en perspective son travail géométrique : Jean Tinguely, Marcel Duchamp, Sophie Trauber-Arp, Jean Arp, Paul Klee, Robert Filliou, Bertrand Lavier et JM Armleder. Ces dernières associent de la même manière art concret et humour, légèreté et intelligence humouristique, et parfois des jeux de mots. Moi dont les mathématiques et la géométrie, ne sont pas les matières de prédilection, en suivant François Morellet dans sa visite, j’ai été séduite, par son art, sa frivolité, ses calembours, sa désinvolture et son auto-dérision et j’entrais de plein pied dans son apparent délire. Sa charmante épouse le seconde de manière discrète et attentive. Les vidéos ci-dessous retracent le parcours de l'exposition commenté avec verve par l'artiste.
    Répartition aléatoire carrés noirs et blancs
    µ piquant
    Cavalièrement
    Thomas Bauman
    Doubles trames
    Progression d'une croix
    photos et vidéos de l'auteur