Au sud du Cambodge, à une centaine de kilomètres de Phnom Penh, Krong Kampot occupe une position à part dans le paysage du tourisme cambodgien. Ce n’est ni une grande ville trépidante, ni une station balnéaire classique. C’est quelque chose de plus subtil : une ville fluviale à taille humaine, avec des façades coloniales pastel, une rivière qui structure le quotidien des habitants, et une campagne environnante qui réserve de vraies surprises. Beaucoup de voyageurs qui prévoient deux jours finissent par en rester quatre. C’est souvent bon signe ! Voici tout ce qu’il faut savoir pour préparer votre séjour à Krong Kampot, et savoir que voir et faire sur place…
L’essentiel à retenir : Krong Kampot ne cherche pas à en mettre plein la vue. Elle fonctionne sur la durée, sur l’accumulation de petits moments vrais : le café du matin au bord de la rivière, la dégustation d’un poivre rouge directement à la ferme, la montée brumeuse vers Bokor, le crabe à Kep les pieds dans le sable. Vous repartirez probablement en vous disant que vous auriez dû rester un jour de plus. C’est le cas de presque tout le monde !
Ce qui rend Krong Kampot différente des autres étapes au Cambodge
Ce qui frappe dès l’arrivée, c’est l’absence de mise en scène. Krong Kampot ne fait pas semblant d’être une destination touristique. Les pêcheurs sortent tôt le matin, le marché sent la citronnelle et le poisson frais, et les habitants vous croisent sans chercher à vous vendre quoi que ce soit. Pour un voyageur qui cherche à voir autre chose que les circuits formatés du Cambodge, c’est exactement ça qu’il vient chercher ici.
Kampot n’est pas Siem Reap. Elle n’a pas la concentration de sites monumentaux d’Angkor, ni l’agitation d’une ville touristique en plein essor. Ce que vous y trouvez, c’est une atmosphère de petite ville provinciale où la vie suit son rythme tranquillement, sans chercher à en faire trop.
L’architecture coloniale française est omniprésente dans le centre : le Gouvernorat jaune qui abrite aujourd’hui le musée provincial, l’ancienne Poste reconvertie en hôtel de charme, le Marché central avec son style art déco des années 1930, la Vieille Église catholique aux murs usés par le temps. On flâne facilement dans ces rues sans avoir l’impression de « faire du tourisme ». Et c’est précisément ce qui plaît. Sur place, n’oubliez pas de jeter un œil au fameux rond-point de Krong Kampot et sa statue de durian (un fruit exotique emblématique de la région).
Autre atout de taille : Krong Kampot est un excellent point d’ancrage pour rayonner dans toute la région sud du Cambodge. Le parc de Bokor, la ville de Kep, les grottes calcaires, les marais salants, les plantations de poivre… Tout se trouve dans un rayon raisonnable, ce qui vous évite de passer vos journées dans un tuk-tuk. Un séjour bien construit autour de Krong Kampot donne une vision très complète du Cambodge rural et côtier, bien loin de ce que vous aurez déjà vu à Phnom Penh ou Siem Reap.
| Activité | Distance / lieu | Durée | Prix indicatif | À savoir |
|---|---|---|---|---|
| Flâner dans le centre colonial | Centre-ville | 2 à 3h | Gratuit | Gouvernorat, ancienne Poste, Marché central art déco, Vieille Église catholique |
| Croisière au coucher du soleil | Rivière Praek Tuek Chhu | 2 à 3h | 10 à 15 USD | Idéal en fin de journée, adapté aux familles |
| Kayak / paddle | Rivière Praek Tuek Chhu | 1h30 à 2h | 20 à 25 USD | À faire le matin pour éviter la chaleur |
| Bateau vers les îles | Au large de Kampot | Journée | 30 à 40 USD | Snorkeling et plages isolées |
| Parc national de Bokor | 37 km de Kampot | Demi-journée à journée | Variable selon transport | Partir tôt (7h30-8h), ruines coloniales, cascades de Popokvil, faune sauvage |
| Visite d’une plantation de poivre | Environs de Kampot | 2h | Entrée souvent gratuite | La Plantation, Ferme de Sothy, FarmLink. Acheter en vrac sur place |
| Grottes calcaires | Env. 8 km de Kampot | 2 à 3h | Faible | Phnom Chhngok (203 marches), Phnom Sorsia, Phnom Sasear. Prévoir chaussures fermées et lampe torche |
| Marais salants | Environs de Kampot | 1 à 2h | Gratuit | Tôt le matin ou fin d’après-midi pour la lumière. Combinable avec la plantation de poivre |
| Excursion à Kep + île aux Lapins | 25 km de Kampot | Journée | 20 min de bateau depuis Kep | Marché aux crabes, parc national de Kep, plages et snorkeling sur Koh Tonsay |
La rivière Praek Tuek Chhu : le vrai cœur de la ville
La rivière Praek Tuek Chhu n’est pas seulement un décor pour les photos du soir. Elle est le cœur de la vie locale à Kampot. Le matin, les premiers bateaux de pêche la sillonnent en silence. En fin de journée, les terrasses des cafés et restaurants s’animent doucement au rythme des couchers de soleil sur l’eau.
Plusieurs façons de la vivre s’offrent à vous. Une croisière au coucher du soleil (comptez entre 10 et 15 USD pour 2 à 3 heures) est une option idéale si vous arrivez fatigué d’un long trajet. Une sortie kayak ou paddle dans la matinée, quand le soleil est encore supportable, vous permet d’explorer les rives et de longer les mangroves à votre rythme. Pour les plus aventureux, une sortie en bateau vers les îles au large s’organise facilement depuis le port, pour environ 30 à 40 USD.
Mais la chose la plus simple à faire, et qui ne coûte rien, c’est de prendre le temps de s’asseoir en terrasse en fin d’après-midi, de commander un café cambodgien, et de regarder la rivière passer. Beaucoup de voyageurs citent ce moment-là comme l’un de leurs meilleurs souvenirs de Krong Kampot. Le slow travel commence exactement là.
Le parc national de Bokor : la sortie qui marque
À 37 kilomètres de la ville, le parc national de Bokor est l’excursion à ne pas rater. Créé en 1993, le parc s’étend sur plus de 1 500 km² et monte à plus de 1 000 mètres d’altitude. L’air y est nettement plus frais que dans la plaine, la végétation tropicale est dense, et la vue sur le golfe de Thaïlande, par temps dégagé, est spectaculaire.
Ce qui rend Bokor vraiment particulier, c’est le mélange des ambiances. Forêt tropicale, cascades (notamment celles de Popokvil), et les ruines d’une ancienne station d’altitude construite par les Français dans les années 1920 : l’ancien casino, l’église abandonnée, l’hôtel Bokor Palace qui tient encore debout. Quand la brume s’installe en milieu de journée, l’ensemble prend une atmosphère presque irréelle. Le parc abrite également des éléphants, des gibbons et une faune variée que vous apercevez parfois en randonnant sur les sentiers balisés.
Partez tôt, vers 7h30 ou 8h au plus tard. La lumière est meilleure, la chaleur inexistante, et vous évitez les nuages qui bouchent souvent la vue en milieu de journée. Pour le transport, trois options :
- le scooter si vous avez l’habitude de conduire en Asie,
- un chauffeur privé pour la demi-journée (confortable, surtout en famille),
- ou un petit tour organisé depuis la ville si vous préférez tout déléguer.

Le poivre de Kampot : bien plus qu’un souvenir à rapporter
Si vous ne deviez retenir qu’un seul produit de votre passage à Krong Kampot, ce serait celui-là. Le poivre de Kampot bénéficie d’une Indication Géographique Protégée (IGP) depuis 2010. C’est l’un des poivres les plus réputés au monde, cultivé dans la région depuis le 13e siècle, avec une longue interruption due aux conflits des années 1970, et une renaissance progressive depuis les années 1990 grâce à des producteurs passionnés.
La visite d’une plantation vous montre concrètement pourquoi ce poivre est différent. Les plants peuvent atteindre 4 mètres de hauteur, cultivés sur des tuteurs en bois. La récolte est entièrement manuelle, grain par grain. Le tri, le séchage au soleil, et la transformation selon la couleur souhaitée (noir, rouge, blanc ou vert) se font avec un soin qui n’a rien à voir avec la production industrielle. La dégustation finale est souvent une révélation pour qui n’a connu que le poivre en poudre du supermarché.
La ferme La Plantation, la Ferme de Poivre de Sothy, et FarmLink accueillent les visiteurs avec des visites guidées et des dégustations. Comptez environ 2 heures sur place. C’est pédagogique, sensoriel, et parfaitement adapté aux enfants.
Un conseil que vous ne trouverez pas partout : achetez votre poivre directement à la ferme, en vrac si possible, plutôt qu’en petit sachet souvenir joliment emballé. La différence de prix au kilo est significative, et le produit sera exactement le même. Et ramenez-en plus que prévu en souvenir : vous en offrirez autour de vous, et tout le monde vous remerciera !
Les grottes calcaires : nature et spiritualité mêlées
Les environs de Krong Kampot sont parsemés de collines calcaires qui abritent des grottes, souvent associées à des temples bouddhistes. Ces lieux mêlent géologie spectaculaire et dimension spirituelle, ce qui leur donne une atmosphère vraiment à part.
La plus connue est le Phnom Chhngok Cave Temple, à environ 8 km de la ville. Elle abrite un temple pré-angkorien du 7e siècle, dédié à Shiva. L’accès demande de gravir 203 marches, mais l’intérieur est frais, les formations géologiques impressionnantes, et la vue depuis l’entrée de la grotte vaut largement l’effort. Les grottes de Phnom Sorsia, avec leur grand Bouddha couché, et la grotte de l’Éléphant Blanc (Phnom Sasear), connue pour ses formations rocheuses évoquant un éléphant, méritent également la visite si vous avez le temps.
Prévoyez des chaussures fermées, une bouteille d’eau et une lampe torche. Un guide local enrichit considérablement la visite : il connaît les légendes, les recoins peu visités, et les anecdotes que vous ne lirez nulle part.

Kep et l’île aux Lapins : la journée parfaite
À 25 kilomètres de Krong Kampot, la ville de Kep s’organise facilement en excursion d’une journée. Ancienne station balnéaire des élites française et cambodgienne, Kep est aujourd’hui principalement connue pour ses fruits de mer, et en particulier son crabe bleu, cuisiné au poivre de Kampot. La boucle est bouclée, comme on dit.
Le marché aux crabes est le passage obligé. Vous choisissez votre crabe vivant directement auprès des pêcheurs, et il est préparé sur place selon votre envie. Simple, frais, et délicieux !
Depuis Kep, une traversée de 20 minutes en bateau mène à l’île aux Lapins (Koh Tonsay) : quelques plages de sable, des eaux calmes idéales pour la baignade et le snorkeling, et une atmosphère totalement détendue. L’itinéraire classique consiste à arriver à Kep le matin, déjeuner au marché aux crabes, prendre le bateau vers l’île, passer l’après-midi sur la plage, et rentrer à Kampot pour le dîner. Difficile de faire mieux comme programme.
Les marais salants : une sortie qui surprend
Moins connus que Bokor ou les grottes, les marais salants aux alentours de Kampot valent le détour, surtout pour les amateurs de photographie. Tôt le matin ou en fin d’après-midi, la lumière rase transforme ces bassins géométriques aux reflets argentés en véritable décor. Les silhouettes des travailleurs qui déplacent le sel, les tas blancs qui se dessinent à l’horizon… C’est une image du Cambodge rural que peu de voyageurs prennent le temps de chercher.
La sortie est courte, facile à combiner avec une visite de plantation de poivre dans la même journée. Un tuk-tuk depuis la ville suffit pour s’y rendre. Restez discret vis-à-vis des travailleurs sur place et demandez toujours avant de photographier les personnes.
Quand partir, combien de temps rester, et comment s’organiser à Krong Kampot
La meilleure période pour visiter Krong Kampot s’étend de novembre à avril. Le temps est sec, les températures supportables, et les routes praticables pour toutes les excursions. La saison des pluies, de mai à octobre, rend certains sentiers difficiles d’accès mais offre une végétation plus verte et des paysages plus contrastés, avec une fréquentation touristique nettement plus faible.
Pour une première visite, 3 jours pleins offrent un bon équilibre :
- une journée pour la ville et la rivière,
- une pour Bokor,
- et une pour le poivre, les grottes ou les salines.
4 jours permettent d’ajouter Kep et l’île aux Lapins sans se presser. Au-delà, vous entrez dans le slow travel assumé, et Krong Kampot est parfaitement taillée pour ça.
Pour les déplacements, le centre-ville se parcourt à pied, la campagne proche se découvre à vélo, et les excursions plus longues (Bokor, Kep, grottes) se font en tuk-tuk ou avec un chauffeur privé. La location de scooter est possible mais à réserver aux personnes vraiment à l’aise avec la conduite en Asie du Sud-Est. Pour Bokor notamment, la route est sinueuse et la circulation peut surprendre.
Enfin, pensez à glisser dans votre valise : crème solaire et chapeau, répulsif anti-moustiques, chaussures fermées pour les grottes et les randonnées, des vêtements légers mais couvrants pour les visites de temples, et un maillot de bain. Et de la place pour le poivre au retour !
