association de l'art à l'œuvre — blog

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30 décembre 2006

La petite fille au ruban bleu

J'ai été émue, mais aussi très admirative, de ce portrait croisé à la fondation Bürhle à Zurich. J'ai tenté par mes lectures d'en remonter l'histoire.
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Voici ce qu'en disait Henri Michaux :
"Dans le visage de la jeune fille est inscrite la civilisation où elle naquit. Elle s'y juge, satisfaite ou non, avec ses caractères propres. Le pays s'y juge encore plus, et si l'eau y est saine, légère, convenablement minéralisée, ce qu'y valent la lumière, le manger, le mode de vie, le système social...Le visage des filles, c'est l'étoffe de la race même, plus que le visage des garçons...Le visage est leur oeuvre d'art, leur inconsciente et pourtant fidèle traduction d'un monde...visages mystérieux portés par la marée des ancêtres... visage de la jeune fille à qui on n'a pas encore volé son ciel... visage musical qu'une lampe intérieure compose plus que ses traits et dont le visage de madone serait l'heureux aboutissement"
Le portrait de Mademoiselle Irène Cahen d’Anvers, peint par Renoir en 1880, aujourd’hui unanimement reconnu comme un pur chef-d’œuvre. Traduisant avec délicatesse la rêverie mélancolique d’une jeune fille, ses grands yeux ingénus, sa chevelure rousse déployée sur le dos et ses mains sagement posées sur les genoux – « peu d’œuvres ont réussi comme celle-ci à capter tout ce qui nous demeure inaccessible du monde intérieur d’un enfant », écrit à son propos Pierre Assouline –, ce tableau n’eut pourtant pas une vie facile. Dès sa conception, l’œuvre déplaît fortement à la famille Cahen d’Anvers, et plus encore à la jeune Irène, qui déteste ce portrait d’elle-même et le détestera toute sa vie. Le chef-d’œuvre, comble d’infamie, sera relégué dans un placard, avant d’être recueilli, en 1910, par la propre fille d’Irène, Béatrice, offert par sa grand’mère la Comtesse Cahen d’Anvers.
Renoir et les Cahen d’Anvers se séparèrent dans de mauvaises conditions. Mécontents du travail de l’artiste, ils firent accrocher ces 2 tableaux (le pendant étant les 2 sœurs Elisabeth et Alice – Rose et Bleu) dans les communs de leur hôtel. On ne pouvait être plus méprisant, il mirent du retard à régler Renoir, d’autant plus qu’aucun prix n’avait été fixé par avance. Finalement avec mauvaise grâce, ils lui firent remettre 1 500 francs (1880). C’était plus qu’il n’avait jamais touché, mais nettement moins que ce qui se pratiquait ailleurs. D’autant plus que les Cahen d’Anvers étaient parmi les commanditaires présentés les plus riches.
Fort déçu de tant de pingrerie Renoir en eut des accès de mauvaise humeur antisémite que seule put tempérer la présence du portrait d’Irène dans une expositionà la galerie Durand-Ruel deux ans après.
Pour la petite fille au ruban bleu ce fut le début d’une presque légende.
Irène Cahen d’Anvers se laissa épouser par le comte Moïse de Camondo, à 19 ans le 15 octobre 1891. Elle se sépara du comte Moïse de Camondo, se concertit au catholiscisme pour épouser celui qui avait entraîné les chevaux des écuries des Camondo, le comte Charles Sampieri.
C’est ainsi que la toile retourna dans la famille Cahen d’Anvers.
Trois décennies plus tard, la guerre s’abat sur les Cahen d’Anvers et les nazis raflent familles et tableaux. Le portrait de Mademoiselle Irène Cahen d’Anvers, dont la valeur, entre-temps, est devenue inestimable, tombe entre les mains de Goering, qui le cède à un certain Georg Bührle, riche industriel suisse d’origine allemande, pourvoyeur d’armes lourdes pour la Wermacht et gros acheteur de tableaux volés. Léon Reinach époux de Béatrice de Camondo tente en vain de récupérer le tableau.
Mais à la Libération, Irène Cahen d’Anvers, ex-de Camondo et désormais comtesse de Sampieri, découvre dans l’exposition
« Chefs-d’œuvre des collections françaises retrouvés en Allemagne » une liste d’objets d’art pillés, la trace de son Renoir, et entreprend de le récupérer. La spoliation est manifeste, pour un tableau aussi connu et maintes fois exposé, et dont les légitimes propriétaires, Béatrice et Léon Reinach, ont disparu dans les camps. Aussi Irène héritière de sa fille, récupère-t-elle son tableau, mais c’est pour s’apercevoir qu’il lui déplaît toujours autant..
L’ex-épouse de Moise de Camondo, Irène devenue catholique et comtesse de Sampieri, échappa aux nazis. Elle récupéra la fortune des Camondo par l’héritage Reinach après la guerre, et la dilapida.
Pauvre Renoir ! Rarement œuvre fut plus haïe par son modèle ! En 1949, elle le met en vente dans une galerie parisienne. Un amateur, aussitôt, s’en porte acquéreur. C’est… Georg Bürhle. Le portrait reprend le chemin de la Suisse, en toute légalité cette fois, et c’est ainsi qu’il se trouve aujourd’hui à Zurich, à la Fondation Bührle.

29 décembre 2006

Wassily Kandinsky 1908-1921

Prochaine sortie guidée par Catherine Koenig au Kunstmseum de Bâle pour l'exposition Wassily Kandinsky.
Wassily Kandinsky, né à Moscou en 1866 et mort à Paris en 1944 est l'un des plus grands innovateurs de l'art du 20° siècle et un porte parole de l'art moderne. En développant l'abstraction, Kandinsky a donné à l'art un nouvel élan qui demeure encore perceptible aujourd'hui, tout en s'ouvrant l'accès d'une réalité spirituelle située au-delà des apparences visibles. L'exposition du Kunstmuseum de Bâle se concentre sur les années 1908-1921, une période de création décisive dans l'évolution artistique du peintre.
Inscription en envoyant le talon accompagné de votre chèque auprès de l'association de l'Art à l'Œuvre 2c rue de Belfort F - 68332 HUNINGUE Cedex tél : +33 (0)3 89 89 85 76 Tarif :8 € par personne, 14 € pour un couple et 2 enfants de moins de 16 ans, 20 € pour les non membres.
Kunstmuseum gratuit pour les détenteurs du Passmusées , sinon + billet d'entrée au Kunstmuseum Déplacement par métro-cars, depuis St Louis à l'arrêt Croisée des Lys 13 h 10 (parking souterrain gratuit à la Croisée des Lys) (+ bus 2 € a/r par personne, à régler dans le bus) ou rendez-vous devant le Kunstmuseum à 13 h 50 h - Précicez à l'inscription, si vous avez le passmusées et l'endroit où vous rejoignez le groupe. (St Louis ou Bâle)
Date limite d'inscription à réception du talon + chèque le 6 janvier 2007. Sortie limitée à 30 personnes

27 décembre 2006

Pétition pour le respect de l'intégrité des collections des Musées Français

Pétition: Tous les lecteurs de La Tribune de l’Art qui souhaitent approuver le texte de Françoise Cachin, Jean Clair et Roland Recht paru dans Le Monde peuvent la signer pour demander à nos responsables politiques que l’on cesse de prendre les musées français, et le Louvre en particulier, pour un réservoir d’œuvres qu’on pourrait utiliser pour des raisons politiques, diplomatiques ou financières (voir l'Editorial ).
La pétition connaît un vrai succès, et de nombreux conservateurs et fonctionnaires du Ministère de la Culture et des collectivités territoriales la signent. Vous pouvez également la diffuser sur papier en utilisant le formulaire ici (les coordonnées où l'envoyer sont indiquées).
Didier Rykner de la Tribune de l'Art propose d’envoyer un mail à l’adresse :
petition.musees@laposte.net

contenant le texte suivant (vous pouvez faire un copier-coller) :
« Je partage entièrement les opinions émises par Françoise Cachin, Jean Clair et Roland Recht dans l’article intitulé :
« Les musées ne sont pas à vendre »
paru dans Le Monde daté du 13 décembre 2006 et je souhaite que l’on maintienne l’intégrité des collections des musées français. »
et signer de vos noms et prénoms, de votre adresse (au moins la ville) et, si vous le souhaitez, de vos qualités. Seuls votre nom, votre ville et vos qualités apparaîtront sur la pétition.
La liste des premiers signataires sera publiée aux alentours du 10 janvier.

Michel-Ange

A vos magnétoscopes
L'Italie au XVIe siècle. L'existence de Michel-Ange, artiste aux multiples talents, qui a rencontré des personnalités déterminantes pour l'histoire du pays, comme le pape Jules II ou Savonarole.
Les historiens de l'art s'accordent à placer Michel-Ange au premier rang comme peintre, comme sculpteur et comme architecte; on ne se lasse pas d'admirer son Jugement dernier, sa statue colossale de Moïse (destinée au mausolée de Jules Il), dans l'église de St-Pierre-aux-Liens, et enfin sa magnifique coupole; il est considéré comme le plus parfait et le plus savant des dessinateurs, ce qu'il faut attribuer à l'étude approfondie qu'il avait faite de l'anatomie en disséquant lui-même.
Le 27 décembre à 3 heures 35 sur France 2 un téléfilm historique, concernant le vie et l'œuvre de MICHEL-ANGE (1ère partie) la deuxième partie le 29 décembre à 2 heures 15.

25 décembre 2006

Joyeux Noël

Catherine, Elisabeth, ainsi que le comité vous souhaitent un Joyeux Noël,
Adoration des Mages
Léonard de Vinci
Léonard de Vinci

19 décembre 2006

Les musées ne sont pas à vendre, par Françoise Cachin, Jean Clair et Roland Recht

Jusqu'à présent, le monde des musées français était envié pour l'exceptionnel soutien dont il bénéficie de la part de l'Etat et des municipalités. Il l'était par exemple aux Etats-Unis, où un seul musée est national, celui de Washington. Tous les autres dépendent majoritairement de l'argent privé.
Bien sûr les musées français savaient obtenir occasionnellement une aide provenant du mécénat privé, en particulier pour les expositions plus prestigieuses ; et il faut saluer cette nouvelle loi qui propose de fortes exemptions fiscales aux entreprises et personnes privées qui donnent des oeuvres d'art importantes, ou de l'argent pour les acquérir. Nous avons aussi souvent, en échange de mécénat, organisé pour le Japon ou Taïwan, pays pauvres en art occidental, des expositions à caractère scientifique, conçues par les conservateurs français.
Pourtant, hormis le Musée Guggenheim de New York, qui fut le désastreux pionnier de l'exportation payante de ses collections dans le monde entier, et se vante d'être un "entertainment business", l'éthique des musées outre-Atlantique et du reste de l'Europe demeure jusqu'à présent irréprochable, mettant au premier plan les devoirs concernant les collections, la recherche, leur enrichissement, le travail scientifique des conservateurs, le rôle éducatif de l'institution, le respect du public, bref, les codes déontologiques des musées publiés par l'ICOM (Conseil international des musées).
Philippe de Montebello, directeur du Metropolitan Museum de New York, avait déjà, en septembre 2003, lancé un avertissement sévère sur la commercialisation effrénée du patrimoine public, en particulier par le système des "loan fees" (prêts payants) d'oeuvres et la tendance de certains musées à s'orienter vers les "marchés culturels" et les "parcs de loisirs". Ils risquent, avait-il ajouté, "d'y perdre leur âme".
Aujourd'hui, avec l'exemple de l'opération du Louvre à Atlanta, où des tableaux qui comptent parmi les plus grands chefs-d'oeuvre des collections comme le
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Et in Arcadia Ego de Poussin
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le Baldassare Castiglione de Raphaël
ou
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Le Jeune Mendiant de Murillo
ont été déposés dans la riche cité du Coca-Cola, pour un an ou trois mois, selon les oeuvres, en échange de 13 millions d'euros.
Nous ne méprisons ni l'argent, ni le mécénat, ni l'Amérique, comme l'on risque très rapidement de nous en accuser ! Mais tout cela peut nous entraîner dans une déviance que nul ne pourra bientôt plus limiter. Sur le plan moral, l'utilisation commerciale et médiatique des chefs-d'oeuvre du patrimoine national, fondements de l'histoire de notre culture et que la République se doit de montrer et de préserver pour les générations futures, ne peut que choquer. Et puis pourquoi les sept millions de visiteurs annuels du Louvre, payants pour la grande majorité, devraient-ils être privés de ces oeuvres si longtemps ? Il est facile et injuste de mépriser un public à cause de son engouement monomaniaque pour La Joconde. Nombreux, fort heureusement, sont ceux qui vont découvrir autre chose.
La permanence de certains chefs-d'oeuvre qui forment les collections d'un musée est une exigence que peut avoir tout visiteur. La quête de manne financière à laquelle pousse le nouveau statut des grands musées français peut expliquer certaines dérives, mais, fort heureusement, tous n'y cèdent pas.
Le pire est encore à venir. L'exemple actuel d'Abou Dhabi est alarmant. Ce pays d'à peine 700 000 habitants se propose de construire, dans un site touristique et balnéaire afin d'en augmenter l'attractivité, quatre musées, dont un inévitable Guggenheim, et un "français", portant la griffe "Louvre", mais obligeant à des prêts à long terme tous nos grands musées, dont les responsables n'auront plus leur mot à dire. Ce sont nos responsables politiques qui sont allés offrir ce cadeau royal et diplomatique. Contre près de 1 milliard d'euros... N'est-ce pas cela "vendre son âme" ?
Et qu'en est-il des intérêts réciproques avec la Chine ou l'Inde ? Une annexe du Musée national d'art moderne à Shanghaï semble être envisagée, alors que l'espace actuel du musée dans Beaubourg interdit de déployer ses collections, pour la plupart en réserve, qui feraient de lui, s'il y avait à Paris l'espace qu'elles méritent, l'un des deux plus beaux et des plus grands musées d'art moderne du monde, avec le MOMA de New York.
L'ensemble des grands musées français et européens ont résisté à ces expansions ou locations commerciales et médiatiques et les désapprouvent. Tout comme s'y opposent la plupart des conservateurs français, contraints à un devoir de réserve contestable sur des sujets qui sont pourtant l'essence de leur métier. Bien sûr, il faut prêter des oeuvres d'art si leur état le permet et si leur sécurité est garantie, mais gratuitement, et dans le cadre de manifestations qui apportent une contribution à la connaissance et à l'histoire de l'art. C'était, jusqu'à présent, un impératif moral et scientifique.
Selon quel principe, soucieux de la conservation et de la mise en valeur des collections patrimoniales, devrait-on utiliser les oeuvres d'art comme des monnaies d'échange ? Les enjeux politiques et diplomatiques doivent-ils primer sur toute autre considération et entraîner des dépôts payants d'oeuvres essentielles au patrimoine d'un pays ? Serions-nous le seul pays d'Europe à l'envisager ? Et imiter les locations de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg à Las Vegas par exemple, pour pouvoir payer ses employés ?
Qu'avons-nous en France de mieux à offrir que nos trésors d'art, qui attirent chaque année une grande partie des 76 millions de touristes, les plus nombreux du monde ? Que l'on puisse rêver d'un monde où circuleraient librement les hommes et les biens de consommation est légitime. Mais les objets du patrimoine ne sont pas des biens de consommation, et préserver leur avenir, c'est garantir, pour demain, leur valeur universelle.

LE MONDE- 12.12.06
Le Louvre à Séoul

17 décembre 2006

Rembrandt : "maître de l'ombre et de la lumière"

Pour fêter le 400e aniversaire de la naissance de Rembrandt, Thema revient sur le parcours de ce peintre, qui avait déjà tout saisi du marché de l'art.
Lorsqu'il s'installe à Amsterdam en 1631, Rembrandt est déjà un peintre célèbre, portraitiste et graveur au talent reconnu. Les compositions mouvementées, les couleurs éclatantes et le sens du pathos du jeune homme correspondent bien à l'air du temps. Mais dix ans après son mariage avec Saskia Van Uylenburgh, le deuil vient assombrir la vie de l'artiste, et la disgrâce se fait sentir. Pourtant, le peintre refuse toute compromission de son art, qui atteint sa plénitude dans de subtils passages de l'ombre à la lumière. Dès lors, ses créations sont marquées par un mysticisme sobre, fervent mais audacieux, que les notables persisteront à condamner...
Portrait d'un audacieux maître de la représentation picturale du XVIIe siècle, le clair-obscur Rembrandt, qui passa de la gloire absolue à la disgrâce, cultivant toujours sa fougue créatrice.
Réalisateur: Charles Matton Rembrandt, l'art et les affaires
Mercredi le 20 Décembre 2006 sur Arte
22.25 Ouverture Culturel
22.30 Rembrandt Drame

Au XVIIe siècle, l'essor de la bourgeoisie a donné naissance à un nouveau marché de l'art dans lequel les artistes comme Rembrandt ont été contraints de "faire leur trou".
Jeudi 21 Décembre 2006 sur Arte
00.05 Rembrandt, l'art et les affaires Arts
Comme tout le monde j'ai été à Amsterdam pour l'année Rembrandt, voici quelques vues ci-dessous
au Rijksmuseum
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Oude Kerke la tombe de Saskia
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Rembrandt place
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12 décembre 2006

Le Magasin des fétiches

MAMCS - Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg vous propose :
Daniel Depoutot Le Magasin des fétiches jusqu'au 14/01/2007
Né en 1960 à Constantine en Algérie, formé à l’Université des Sciences Humaines de Strasbourg, Daniel Depoutot s’est d’abord fait connaître par une peinture extrêmement gestuelle, empreinte d’un imaginaire primitif. Depuis quelques années, il fabrique des machines, robots, automates, assemblages complexes et précaires de matériaux récupérés et détournés aux formes très graphiques qui s’inscrivent dans le prolongement naturel de sa peinture. Ces hybrides archaïques et animés se réclament volontiers de l’influence croisée d’Otto Dix, de la sculpture romane ou de la statuaire africaine. Avec la même habileté Daniel Depoutot assemble les objets et juxtapose indifféremment les références aux cultures populaire et savante.
Le Magasin des fétiches est un projet conçu spécifiquement pour le MAMCS dans lequel l’artiste dresse l’inventaire d’une mythologie personnelle, un univers dans lequel se bousculent des fétiches de toutes natures. A côté des grandes machines qui réactivent, en les bousculant, quelques figures tutélaires des avant-gardes artistiques (Brancusi ou Tinguely notamment), s’exposent autant de figures votives. Dans ces dispositifs, le tragique s’accorde souvent avec l’humour, ménageant au spectateur une distance ironique qui le préserve de la violence du réel.
« Le pitoyable du reste s’y déploie aux dimensions du comique, du fantasque ou du fantastique, et ce sens du magique et de l’artifice rappelle le principe de l’alchimie : la transformation de l’ordure en œuvre imitant la transmutation du vil plomb en or… » Michel Demange

11 décembre 2006

Un pianiste dans le désert

Marc Vella avait un rêve : jouer du piano au milieu du Sahara, au coeur de cette étendue de sable où règne en maître le silence. Du Maroc au Sénégal en passant par la Mauritanie, découvrez le périple de deux mois de ce pianiste.
Imaginez un pianiste en smoking jouant sur son piano à queue en plein désert du Sahara ! C'est l'aventure extraordinaire qu'a réalisé Marc Vella.
Un personnage hors du commun
Le site de Marc Vella
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09 décembre 2006

Nouveaux Horizons 2

Bruno PEINADO Elodie HUET Corinne MARCHETTI Martin LE CHEVALLIER Brice DELLSPERGER Julien DISCRIT Laurent GRASSO Frank PERRIN Amandine SACQUIN Fabien RIGOBERT
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A Altkirch, le CRAC-Alsace développe, avec une belle constance, ses rencontres avec les jeunes artistes de ce temps.
Quand on pousse les portes du CRAC-Alsace, on a toujours la vague impression de retourner sur les bancs de l’école. Cette fois, c’est pour le plaisir, les beautés, voire les mystères de l’art contemporain… Sur les hauts d’Altkirch, l’ancien lycée Henner accueille, depuis belle lurette maintenant, un Centre d’art dont l’ambition est, tout simplement, de montrer le travail des artistes de ce temps, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, jeunes, débutants ou confirmés. Elève au Quai, l’école d’art de Mulhouse, Amandine Sacquin expose pour la première fois à Altkirch et évoque les glissements du monde de l’enfance vers la désillusion adulte. Son Bambi est parfait mais à y regarder de plus près, la peinture… pleure un peu. Quant à Red Cloud, c’est un beau nuage (vert) confronté à la réalité dessinée des enfants. Le second volet de Nouveaux Horizons montre aussi les photos de Fabien Rigobert, les installations de Bruno Peinado ou Julien Discrit, les vidéos de Brice Dellsperger ou Elodie Huet.
Avec Eclipse, Laurent Grasso évolue entre surnaturel et irréalité. Dans une grande pièce noire à la moquette orange, face à l’écran sur lequel se déroule un rare phénomène solaire, le visiteur est baigné dans un environnement sonore « planant » et le plasticien l’invite à se projeter dans des zones mentales…
En utilisant toujours la technique surannée de la broderie, Corinne Marchetti a abandonné ses évocations ironiques du star-system pour une œuvre plus mélancolique où de petites femmes (présumées innocentes ?) semblent voguer dans un monde symétrique au nôtre.
Enfin Martin Le Chevallier questionne, avec un humour sarcastique, la tyrannie consumériste et invite, avec sa vidéo interactive Le papillon, à abréger le bonheur d’un homme heureux !
jusqu’au 11 février 2007.
Pierre-Louis Cereja - L'Alsace le Pays

Georges MATHIEU

A l'Espace d'Art Contemporain Fernet Branca jusqu'au 18 février 2007
La présence de Georges MATHIEU à SAINT-LOUIS est un véritable évènement.
Parlant de lui, André MALRAUX a dit : « Enfin un calligraphe occidental ». Mais Georges MATHIEU est bien plus que cela, il a été le premier à dénoncer la sclérose d’une culture confortable ou conformiste. S’il proclame la vertu de la tradition, ses prises de position restent néanmoins spectaculaires et François MATHEY, Conservateur en Chef du Musée des Arts Décoratifs à PARIS, avait écrit que : « l’histoire ratifiera ce que Georges MATHIEU a offert à l’Art Contemporain et vérifiera aussi combien son action a transformé la conscience que notre Société avait d’elle-même et le rôle que doit assumer désormais l’artiste s’il est fidèle à sa vocation ».
A l’origine, MATHIEU s’est posé la question si l’on ne pouvait pas s’exprimer en peinture par le style et en laissant de côté la représentation et c’est à partir de là qu’effectivement sa peinture est exempte de toute représentation, et qu’elle a trouvé son propre langage. C’est la naissance de l’abstraction lyrique.
C’est toujours François MATHEY qui écrivait : « Cette libération qu’il découvre s’exprime librement avant WOLS et POLLOCK en taches et en coulures. Il y a pure jouissance physique à dessiner directement au tube, à verser directement la boîte de Ripolin sur la toile et à s’émerveiller des libres jeux de l’essence et de la couleur… »
Je connais Georges MATHIEU depuis fort longtemps et le voyais une ou deux fois par an. Un jour, il m’a emmené en région parisienne dans un énorme hangar où étaient entreposés plusieurs de ses grands tableaux, et devant moi, pendant une dizaine de minutes, il a mimé les gestes comme s’il était entrain de peindre. Il sautait de haut en bas, puis de gauche à droite, puis il lançait ses bras, c’était comme un ballet bien réglé. Il dit : « Aucune image, aucune idée antérieure, ne précèdent la seconde où je commence à peindre. Le premier geste peut être arbitraire. Il l’est plus souvent, mais le second est implacablement lié au premier, et ensuite, il y a un enchaînement presque cybernétique de chacun des gestes. Je suis victime de mon premier geste… »
Il peint avec une rapidité inouïe et s’il peint tellement vite ce n’est pas parce qu’il manque de temps, ce n’est pas non plus pour battre un record, mais c’est tout simplement parce qu’il ne lui fallait pas plus de temps pour faire ce qu’il voulait faire et il précisait d’ailleurs que prendre du temps, c’est ralentir les gestes et introduire des doutes portant atteinte à la pureté du trait.
Pour Georges MATHIEU, peindre c’est un combat : il va à l’assaut à coups de brosse, utilisant le tube et la main et c’est comme s’il entrait en transe. Une fois la bataille terminée, il se détend, conscient de sa victoire.
Plusieurs grandes toiles qui sont présentées au Centre d’Art Contemporain de SAINT-LOUIS avaient été exposées récemment au Château de Versailles sur l’initiative du Ministre de la Culture. C’est ainsi que l’on pourra voir

« la Victoire de Denain » qui est une toile de 7m sur 2,75m et elle rappelle que c’est en effet à Denain, le 24 Juillet 1712, que le sort de la France s’est décidé, laquelle risquait de revenir à ses frontières du16ème siècle sans l’Alsace, sans la Franche-Comté, sans l’Artois et le Roussillon et Denain a été un véritable sursaut de la volonté nationale.
L’exposition comportera également le tableau très important « Paris capitale des Arts » qui est une toile de 9m de long, la toile « Souvenir de la Maison d’Autriche » qui est une toile de 6m de long et les différents hommages, à savoir « Hommage au Connétable de Bourbon » qui a été peint en 40 minutes, « Hommage aux Frères Boisserée », ou encore « Hommage à Louis XI »,
« L’élection de Charles Quint » et deux grandes toiles que j’avais en son temps fait acquérir par le Musée Unterlinden, à savoir « Hommage à Monsieur de Vauban » et « Seventh Avenue 1957 ». Il est remarquable et il faut le souligner que les toiles exposées ici sont toutes titrées dès lors qu’elles se réfèrent à des évènements historiques où le mythe va rejoindre la modernité.
Georges MATHIEU s’est consacré également à la renaissance des arts appliqués et c’est ainsi qu’il a fait tisser aux Gobelins pour Air France, la tapisserie « Château de Versailles » et c’est ainsi également qu’il a abordé l’architecture, la sculpture, la céramique et la médaille. Il a réalisé à la Monnaie de PARIS, 18 médailles pour commémorer 18 moments « dans une perspective éthique ». Il est également entré dans l’univers monétaire et la pièce de monnaie a été tirée à 660 millions d’exemplaires et il s’est intéressé au timbre
aux affiches d’Air France, soulignant par des signes les 5 continents.
Dans des textes importants, il s’est érigé contre ceux qui sont « endormis par l’inertie, l’habitude, le bien-être, le confort, la sécurité ». Dans l’introduction de son livre « le privilège d’être », il a crié en face du monde : « Réveillez-vous, Messieurs ! »
Je remercie Georges MATHIEU d’avoir bien voulu prêter à SAINT-LOUIS ses toiles emblématiques qui, incontestablement, font partie de l’histoire contemporaine.
Gérard CAHN
Président de la Commission Artistique

08 décembre 2006

Rouault, Matisse, correspondances

Le Musée d'art moderne de la Ville de Paris explore les liens entre Henri Matisse et Georges Rouault.
Les deux peintres se sont connus dans les années 1890 dans l'atelier de Gustave Moreau, qui les a fortement marqués.
Organisée autour des différents thèmes qui parcourent l'oeuvre de Georges Rouault, l'exposition permet de voir un nombre conséquent d'oeuvres d'un grand peintre qui a peu été montré ces dernières années. La correspondance entre Henri Matisse (1869-1954) et Georges Rouault (1871-1958) atteste d'une amitié, une "vive sympathie d'art", qui a duré toute leur vie.
L'exposition s'ouvre sur des oeuvres de leurs débuts et des peintures de Gustave Moreau, leur professeur aux Beau-Arts, qu'ils ont toujours appellé "le patron" et dont ils ont souvent évoqué le souvenir. Un maître qui a donné à Rouault le goût de la matière.
Rouault et Matisse sont "deux pôles de l'expression", explique Jacqueline Munck, commissaire de l'exposition qui évoque la "violence du trait" et l'expressionnisme de Rouault alors que "Matisse joue sur toutes les composantes de l'image", à la recherche d'harmonie.
Après la mort de Gustave Moreau, qui affecte beaucoup Rouault, celui-ci, comme Matisse, bouscule l'art du nu, s'éloignant de la beauté académique. Il n'hésite pas à tordre les corps et, dans ses portraits
d'"ivrognesse"
ou son "Nu aux jarretières rouges",
son regard n'est pas flatteur. Le travail de la couleur chez Rouault est alors proche du fauvisme.
Ambroise Vollard devient le marchand de Rouault. En 1913, il lui propose d'acheter son fonds d'atelier (770 oeuvres) et en 1925 mettra même à sa disposition un atelier chez lui, pour qu'il puisse les achever. Les relations entre les deux hommes ne sont pas toujours roses, Vollard s'agaçant de la lenteur de Rouault, et l'artiste se plaignant de la multiplication des commandes que lui passe le marchand: il "veut tout d'un coup (...) peintures, eaux-fortes, noires et couleurs ?... et quoi encore ? modèles et bois originaux ! Par centaines... il croit que cela se fait en soufflant dessus", écrit-il à son ami le poète André Suarès.
A la mort de Vollard, la famille du marchand s'appropriera son atelier, et le peintre devra porter l'affaire en justice pour récupérer ses oeuvres.
Après la mort d'Alfred Jarry, en 1907, Ambroise Vollard imagine une suite au père Ubu. Il la fait illustrer par Rouault, qui compose des figures grinçantes représentant pour lui les types humains. A la même époque, de son épais trait noir il croque une série de figures, du pédagogue sévère à Madame X à l'air mauvais... Pour Apollinaire on a affaire à un nouveau Daumier.
Les paysages profanes de Rouault, souvent des banlieues désolées où de petits personnages ploient sous le poids de l'existence, contrastent avec ses paysages bibliques, aux couleurs plus exaltées.
Sur le thème du cirque, on retrouve Matisse et Rouault, dans des oeuvres très différentes. Le premier livre la série "Jazz" (1943-1946), collages découpés dans la couleur pure, le second compose une galerie de personnages aux couleurs éclatantes.
Toute une salle de l'exposition est dédiée au Miserere de Georges Rouault... (également visible au Musée d'Art Moderne de Strasbourg). Conçue pendant la guerre de 1914-18, la série en deux volets (Miserere et Guerre) n'est définitivement tirée qu'en 1947. Elle est constituée de 58 gravures bouleversantes, mêlant la douleur du Christ et la souffrance de l'homme profane. Le chemin de Croix du Christ côtoie une "rue des Solitaires" qui ressemble à une rue de banlieue, une barque qui flotte au "pays de la soif et de la peur".
Rouault et Matisse se retrouvent enfin autour des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, qu'ils ont illustrées tous les deux, figures chargées contre visages esquissés d'un trait fin.
Tous les jours sauf lundi et jours fériés, 10h-18h, nocturne le mercredi jusqu'à 22h
Jusqu'au 11 février

05 décembre 2006

Maurice Denis

Maurice Denis (1870-1943) est l'un des principaux membres du groupe des Nabis dont il s'est fait le théoricien. L'exposition du musée d'Orsay lui rend hommage en présentant son oeuvre dans sa diversité. Très impliqué dans les débats esthétiques de son temps, Denis peint dans les années 1890 des tableaux audacieux où les rythmes, la couleur posée en aplats, la composition donnent au tableau une force décorative. Influencé par l'art italien ancien, il s'oriente ensuite vers de grandes compositions plus classiques. Le public peut apprécier cette évolution dans un parcours où l'accent est mis sur des oeuvres majeures, peu vues pour certaines.
Après les expositions Vuillard et Bonnard, c'est à un autre Nabi de se voir consacrer une rétrospective monographique dans la capitale. Maurice Denis a eu un rôle un peu particulier puisqu'il lègue avec sa peinture beaucoup d'écrits théoriques. Son oeuvre se fait l'écho des recherches picturales de son époque. Influencé par Gauguin, comme le fut tout le groupe des Nabis, on retrouve aussi dans ses premières toiles des petits points, des taches qui rappellent la peinture de Seurat. L'histoire de ce groupe d'artistes rebelles est évoquée par de toutes petites toiles, tentatives picturales à partager avec Bonnard, Sérusier et les autres. C'est ainsi que l'on retrouve des décors de chambre, des paravents, des "tapisseries" peintes, eux qui voulaient en finir avec la distinction entre un art noble et des arts mineurs (ignobles au sens premier du terme). Mais comme tout individu faisant partie d'un groupe, il a choisi une voie à lui et dès ses premières oeuvres on rencontre 'Homère parcourant les champs' , ou le 'Mystère catholique' et les thèmes religieux et mythologiques ne cesseront de traverser son oeuvre. Sa poursuite artistique est spirituelle, et des portraits de sa femme, de 'Marthe au piano' à 'Jésus chez Marthe et Marie' il n’y a qu’un pas et toujours cette volonté de sanctification. En effet certaines de ses oeuvres, par leur intimité ou leur grandeur invitent au recueillement. Il s'approche également du symbolisme et use de couleurs pâles. Cette rétrospective permet de voir à quel point il excelle dans cet art mais aussi avec quelle justesse il peint la lumière dans ses paysages, à quel point certains tableaux annoncent la modernité. Dans cet esprit, il faut saluer la mise en perspective de quelques oeuvres d'Axel Katz dans l'exposition même, artiste contemporain qui se réclame de Maurice Denis. Les liens entre art moderne et art contemporain sont toujours les bienvenus et permettent de mieux les comprendre.
Au musée d'Orsay jusqu'au au 21 janvier 2007
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