
A la Fondation Beyeler jusqu'au 12 mai 2008.
Un jour, « ils auront des peintres », avait prédit Matisse à propos des États-Unis, en un temps où Paris régnait encore en maître sur les arts. On sait qu'il faudra attendre l'après-guerre pour que New York relègue la vieille Europe en position subalterne. Et si un peintre incarne ce basculement, cette jeune scène artistique conquérante, c'est bien
Jackson Pollock, Jack the dripper, qui campe à merveille le rôle de l'artiste génial et maudit, au talent rongé par l'alcool, avant de tirer sa révérence, se pulvérisant dans un accident de voiture à 44 ans, un jour d'août 1956.
Évoquer Pollock, c'est fatalement faire remonter à la mémoire les célèbres photographies de Hans Namuth prises dans l'atelier de l'artiste. En tee-shirt, toile immense posée au sol, le pinceau tout en arabesques dans une main, le pot énervé dans l'autre, Pollock s'y livre à une chorégraphie d'où surgit une peinture explosive. La presse s'extasie des techniques du dripping (coulure) ou du pouring (déversement). Et Life s'interroge,
«Pollock est-il le plus grand peintre vivant ?», tandis que le critique Harold Rosenberg théorise l'Action Painting : « A un certain moment, les peintres américains [...] commencèrent à considérer la toile comme une arène dans laquelle agir, plutôt que comme un espace dans lequel reproduire [...] un objet réel ou imaginaire. La toile n'était donc plus le support de la peinture mais un événement. »
Pollock Out of the web
Un événement donc. Et américain ? Remettons les pendules à l'heure. Dans sa nouvelle exposition alimentée de petits bijoux prêtés par de grandes institutions - le MoMA et le Whitney Museum de New York, la National Gallery de Washington, la Menil Collection de Houston... mais aussi le musée Wurth, la Fondation Beyeler rappelle d'emblée quelques précédents européens. Un magnifique Gorky, Waterfall, installe ainsi le précurseur de l'expressionnisme américain dans un dialogue avec des oeuvres bien antérieures de Hartung et Fautrier.
Wols et Matta - qui fascina les Américains par ses grands formats - sont également évoqués. Ernst aussi aurait eu sa place, comme explorateur du dripping, ou encore Kandinsky, initiateur de
l'abstraction lyrique. L'héritage du surréalisme, de l'écriture automatique et du culte de l'inconscient, est patent. Que revendiquera d'ailleurs Pollock : une quinzaine de ses oeuvres - malheureusement peu de très grands formats - sont réunies ici. En revanche, de gigantesques Clyfford Still évoquent ce rapport démesuré au support qu'entretient l'Action Painting -
« Être arrêté par le bord d'un châssis
est intolérable », regrettait-il.
Sam Francis, Franz Kline, Willem de Kooning, Joan Mitchell ou encore Robert Motherwell - LE peintre théoricien de l'Action Painting - sont bien représentés aussi. Et le dialogue qu'ils nouent avec l'art informel européen apparaît bien symétrique. C'est particulièrement évident avec les disc paintings de Nay, poésie éclatante de la couleur déclinée en une multitude de cercles. Si côté français Soulages est sollicité, il est curieux qu'un Mathieu ait été oublié.
Dans ce territoire mouvant du hasard contrôlé, le visiteur évolue entre brutalité et poésie. Avec pour ligne d'horizon la beauté du surgissement.
Serge Hartmann DNA
Impossible de dire plus et mieux :
Que j'ai compris la toile de Wols intitulée "le grand orgasme" vert cache rouge
que je tente de mémoriser et reproduire la calligraphie de Franz Kline "Elisabeth"
Le Soulages répond à Motherwell dans sa Lyric suite, qui illustre la musique dodécaphonique de Berg , face à la sérénité de son épouse, Helen Frankenthaler avec son Lavender Miror
L'accrochage est parfait, salle 12, je me suis crue chez un glacier, où j'ai choisi tous les parfums, pour leurs couleurs, que j'ai touillé tout cela avec une louche ou avec mes pieds, reflétant une symphonie de couleurs.
Eva hesse
me fait sourire tantôt avec une sorte de smiley géant (1961), puis elle m'angoisse avec sa toile avec des fils, premice d'une fin tragique (1967)
J'ai plus de mal avec Twombly et ses "graffitis" tantôt fond blanc, dessins noirs, tantôt fond noir, crayon blanc, son incontournable "Leda et le cygne".
Gerhard Hoehme se réappropie le dripping de Pollock, mais aussi se démarque du format du rectangle traditionnel.
Les français Fautrier, Arman,
peinture de Soulages
notamment (bleu et noir, gris) dans la salle 16 font bonne figure au milieu de la multiplicité américaine.
Au sous-sol, est exposée l'oeuvre gigantesque de John Armleder "Grifola Frondoda" (2006), une variationde contemporaine sur le thème de l'action painting, mais aussi plusieurs vidéos, dont le mystère Picasso, et les photos de Hans Namuth, citées plus haut sur la naissance de l'art, avec Jackson Pollock, puis pour finir en beauté le film de Hans Namuth montrant Pollock réalisant le dripping.
Pour mes compagnons du
cours du mercredi
30 janvier, c'est une illustration complète de celui-ci.
Il n'y a plus de supplément à payer pour les détenteurs du passmusées. Comme souvent le catalogue n'est pas édité en français -;(((