De son arrivée à Auvers-sur-Oise, le 20 mai 1890, à sa mort, le 29 juillet de la même année,
Van Gogh a peint plus de 80 toiles. Célèbre photographe et artiste polymorphe,
Peter Knapp, auteur de ce film tourné en HD, appréhende une oeuvre éblouissante, exécutée sur une courte période.

Le tournage de
Vincent Van Gogh, un peintre maudit ? Peter Knapp prend le contre-pied de cette image d'Epinal.
A 37 ans, Van Gogh est un artiste accompli dont les oeuvres sont exposées. Parmi ses admirateurs figurent Signac, Gauguin, Monet ou encore Toulouse-Lautrec.
Une étude approfondie des nombreuses lettres du peintre adressées à son frère Théo et à d'autres membres de sa famille permet de cerner son état d'esprit au cours des deux derniers mois de sa vie. Dans sa correspondance, Vincent exprime avec un style inimitable son point de vue ; il y détaille régulièrement ses tableaux, croquis à l'appui.
Aidé financièrement par son bien-aimé Théo, le peintre peut s'offrir le gîte, tout en achetant ses couleurs et ses toiles. Inspiré par la campagne pittoresque d'Auvers-sur-Oise, Vincent ressent le besoin impérieux de peindre et de dessiner.
Ici, il se sent bien. Il se couche à 9 heures le soir et se lève à 5 heures le matin. Sa production, fulgurante, ne faiblit pas : vieux toits de chaume, portraits de femmes, d'enfants, du Dr Gachet, champs de blé, jardins, église et mairie du village…
Van Gogh n'éprouve plus le même plaisir à créer lorsqu'il apprend que la santé de Théo se dégrade ; il dessine alors des étendues de blé sous des ciels troublés. Préoccupé, l'artiste a conscience qu'il coûte plus d'argent à son frère qu'il ne lui en rapporte. Malgré tout, Théo et sa femme Johanna lui assurent leur soutien indéfectible, jusqu'au bout.
A son enterrement, Théo, Camille Pissarro, le Dr Gachet, Emile Bernard, Ravoux l'aubergiste, le père Tanguy, sans compter des gens du pays, lui rendent un ultime hommage.
"Mon travail à moi j'y risque ma vie", avait-il écrit comme une triste prémonition.
Tombes de Vincent et Théo à Auvers-sur-Oise
Ariane Dadier
Première
diffusion : jeudi 12 avril 2007 à 20:40 France 5 (câble, satellite et TNT).
Durée : 52'
Auteur et réalisateur :
Peter Knapp
Production :
France 5 /
Entretien avec
Peter Knapp, auteur et réalisateur
Pourquoi avez-vous souhaité faire un documentaire sur Vincent Van Gogh ?
Peter Knapp : Van Gogh est l'artiste qui a écrit le plus de lettres. A travers sa correspondance, notamment avec son frère Théo, il fournit une source considérable d’informations. Elle permet de suivre sa vie et son oeuvre au jour le jour.
Vincent parle de ses peintures, dans des termes puissants, précis, souvent poétiques. Il fait part de ses efforts, de ses expériences et de ses doutes.
En seulement dix ans de travail, Van Gogh a conçu plus de 1 000 tableaux. Pendant son séjour à Auvers-sur-Oise, il en a produit plus de 80, parmi lesquels figurent les meilleurs. Sa technique artistique est alors au top.
Quelle image du peintre voulez-vous donner ?
P. K. : Mon approche veut se détacher des clichés. Pour les gens, Van Gogh, c’est le peintre à l’oreille coupée, sans le sou, malade, vendeur d’un seul tableau de son vivant… Je veux le montrer autrement.
A Auvers, le Dr Gachet, grand collectionneur et intellectuel recommandé par Théo, a un effet très stimulant pour Vincent. Le seul médicament qu'il lui prescrit c'est de travailler. Vincent n’hésite pas à marcher plus de quinze kilomètres par jour et à porter plus de 20 kg de matériel pour trouver l’endroit idéal à peindre. J'ai choisi de me focaliser sur sa prouesse artistique et son impressionnante rapidité d’exécution.
Quel est le fil directeur de votre film ?
P. K. : Je me concentre sur les deux derniers mois de son oeuvre. En s’immergeant dans le village et dans les paysages d'Auvers-sur-Oise, on constate que très peu de choses ont changé en un siècle.
L'auberge Ravoux, la maison du Dr Gachet, l’église,

les champs de blé… il est possible de retrouver les lieux, les lumières, la nature et l’atmosphère qui ont inspiré Van Gogh.

En plus des images des tableaux, dispersés dans les plus grands musées du monde, des témoignages de spécialistes (conservateurs, historiens d’art, scientifiques…) viennent apporter un éclairage sur son oeuvre, ses lettres et sa vie.
Propos recueillis par Ariane Dadier